Un plaidoyer pour la décolonisation et la redécouverte de l’unité du continent européen

11:22, 31 martie 2019 | Actual | 1011 vizualizări | Nu există niciun comentariu Autor:

(Préface à la version roumaine du livre de Ivan Blot «L’Europe colonisée», Chișinău, Universitatea Populară 2018)

 

Le livre de l’auteur français Ivan Blot L’Europe colonisée risque de scandaliser le public habitué au discours pro-européen dominant, imprégné de mythes et de mirages. Ce type de discours continue à fasciner les foules dans notre Est européen sorti du communisme à travers une libéralisation qui a remplacé un type d’aveuglement intellectuel par un autre, non moins pervers et nuisible. Nous avons décidé de traduire en priorité le présent ouvrage de cet auteur, dont l’œuvre vaste et consistante guide notre entière activité au sein des projets éditoriaux sous l’égide de l’Université Populaire. La raison en est surtout notre volonté de contribuer à l’effort d’enlever notre société de l’état d’enchantement devant un Occident présenté aux foules comme étant l’expression du Paradis terrestre et des aspirations nourries par le plus naïf optimisme.

 

L’une des idées de base de ce gaulliste prestigieux est que : « La situation actuelle de l’Europe est le produit de deux événements majeurs du XXe siècle : la chute du Troisième Reich en 1945 et le démembrement de l’Union Soviétique en 1991 ». L’auteur nous rappelle que, suite au premier événement, l’Europe a perdu sa souveraineté politique et militaire, en étant colonisée par les deux grandes puissances victorieuses : les Etats-Unis à l’Ouest et l’Union Soviétique à l’Est.

 

Si notre expérience sous le régime communiste ne laisse aucun doute sur les effets tragiques de ce régime imposé de l’extérieur aux pays-satellite, le fait que dans la partie occidentale du continent se soit produite une colonisation aux effets particulièrement graves pour les intérêts nationaux et les cultures des peuples obligés à imiter le modèle du « frère aîné » de l’autre côté de l’Atlantique a encore une résonnance stridente aux oreilles des gens de l’Est européen, récemment convertis à la religion de l’européisme américanolâtre.

 

Nous encadrons donc le livre de notre cher ami de Paris dans la nécessaire thérapie collective vouée à nous aider à retrouver notre capacité de regarder les réalités dans une perspective historique et géopolitique large, en dépassant les interprétations fragmentaires et la paralysie de l’esprit critique. La colossale expérience politique et académique d’Ivan Blot lui permet de mener au bout une approche sereine et explicite, sans équivoques timides et sans euphémismes adoucissants, des réalités de la France actuelle, de l’espace dominé par l’UE et des pays ex-communistes. La défiguration identitaire, la diminution de la souveraineté et l’aliénation spirituelle des peuples européens sont examinées par l’auteur à partir tant de la perspective du génie politique de Charles de Gaulle, que de l’optique philosophique de Martin Heidegger, mais aussi à base de l’analyse minutieuse du nouveau modèle de société, installé au cours des dernières décennies, celle de l’Etat de gestion et du capitalisme de gestion, qui fait substituer les experts aux politiques, et les manageurs obsédés du gain à court terme aux propriétaires, tout cela au détriment des propriétaires, des Etats et des employés.

 

« La nouvelle élite oligarchique, nous dit Ivan Blot, a vidé la démocratie de tout sens par le fait d’ignorer la volonté populaire et par la distorsion du capitalisme classique en faveur d’une kleptocratie insatiable.» De la sorte, le système politique démocratique, tout comme le système capitaliste, tels qu’on les étudie à l’école ou tels qu’ils sont propagés par le mainstream, n’ont presque rien en commun avec la vie réelle.  L’auteur montre de quelle manière le pouvoir politique et économique a été usurpé par une élite extérieure tant par rapport aux Etats qu’elles dirigent qu’aux propriétés qu’elles gèrent.

 

Pour nous, gens de l’Est sortis de la colonisation soviétique et annexés à la colonisation occidentale, l’idée relative au renversement des deux pôles, exposée de manière tranchante par l’auteur, est extrêmement nécessaire pour la compréhension exacte du processus au bout duquel nous nous sommes retrouvés de nouveau dans un état de vassalité. Si, autrefois, l’URSS représentait la puissance qui agressait, premièrement sur le plan spirituel et culturel, ensuite politique et économique, notre espace, de nos jours, tombés sous la domination d’un Occident global, nous nous sommes retrouvés envahis par le pôle qui a pris dans une forme encore plus perverse la fonction néfaste de l’ancien empire communiste. Si, autrefois, l’Amérique était conservatrice et chrétienne, elle est devenue aujourd’hui le facteur de dissolution le plus nuisible de point de vue religieux et moral. Et les peuples de l’Est, la Russie, la Pologne, l’Hongrie etc., sont devenus les défenseurs de la tradition, du patriotisme, de la chrétienté et de la famille. C’est exactement à l’Est que la résistance face à ce nouveau type d’impérialisme est la plus forte, et c’est d’ici, affirme Ivan Blot, que doivent s’inspirer à l’heure actuelle les peuples de l’Europe Occidentale pour démarrer cette Reconquista à échelle continentale.

 

L’hyperpuissance planétaire américaine, celle qui règne au travers de ses quatre pôles ou idoles qui sont l’égo, l’argent, les masses et la technique, en exportant partout une société inhumaine et matérialiste, est celle contre laquelle l’auteur haute sa voix. C’est justement de ce type de colonisation, qui impose l’économisme et l’utilitarisme, qui réduit la personne humaine à une matière première interchangeable, qu’il nous encourage à nous émanciper. Et pour ne pas persister dans l’erreur de croire que c’est uniquement notre faute à nous, les gens de l’Est européen, d’être arrivés sous la domination d’une classe politique corrompue et antinationale pour ne pas avoir été suffisamment conséquents dans « l’implémentation des réformes » suggérées de Washington, alors que quelque part, à l’Ouest, il existe des pays-modèle auxquels nous devrons teindre, par imitation, nous apporterons à l’attention du public une idée particulièrement riche exposée par l’auteur. Il nous attire l’attention que l’indépendance des Etats (la France, surtout) est sapée par les puissances de type oligarchique qui ont gardé seulement une façade de démocratie. Ces oligarchies, prenant sous leur emprise les partis politiques, les media, les ONGs, les syndicats, et, avant tout, le pouvoir d’Etat, s’inspirent et trouvent du support à l’étranger. Et tout cela parce que ces « couches superposés », en reprenant les mots de Eminescu, sont le plus souvent les créations directes de l’Etranger, à travers ses sources de financement, ses idéaux, son cosmopolitisme et la finalité de sa philosophie du déracinement. Le remède proposé par Blot pour dépasser cet état de choses étouffant relève du retour à la démocratie directe, la Suisse pouvant en être la source d’inspiration. C’est-à-dire le retour à ce que, dans la politologie occidentale des dernières années on appelle « populisme », mais, cette fois-ci sans la connotation dépréciative, tout le contraire. Le sens acquis par cette notion exprime la révolte des peuples contre les élites, phénomène qui connaît une dynamique tout simplement spectaculaire.

 

D’ailleurs, les idées-force du livre de Ivan Blot sont devenues, les dernières années, des éléments-clé du discours public des populistes européens: la nécessité de réformer ou même de dissoudre l’Union Européenne, d’abandonner la monnaie unique – euro – en faveur des monnaies nationales, de repousser l’OTAN dominé par les Etats-Unis en faveur d’une organisation de défense paneuropéenne, de réviser les principes du libre échange en faveur des politiques économiques protectionnistes, de réviser les accords imposés par l’ONU et l’UE relatifs à l’octroi non limité du droit d’asile. L’auteur d’inscrit dans la même ligne de pensée et d’action politique lorsqu’il parle de l’urgence de la survie des peuples européens, en danger de disparition suite à deux facteurs majeurs et complémentaires: la migration de masse de populations diverses, hostiles à la religion et à la culture européenne, et l’ébranlement démographique. Les deux phénomènes sont la conséquence directe de la politique du multiculturalisme, du métissage, du politically correct et des droits de l’homme hérissés au rang de religion par ceux qui se sont emparé du discours dominant et obligatoire.

 

L’hiver démographique où l’Occident est tombé depuis quelques décennies, dit l’auteur, est la conséquence de l’affirmation corrosive de l’Ecole de Francfort, du marxisme culturel et du freudisme, qui ont préparé la « révolution sexuelle » des années 60, en appliquant un coup fatal à l’institution de la famille. Cette fois aussi l’auteur, en nous procurant de nombreux exemples, encourage ces compatriotes à regarder vers l’Est, vers les pays qui ont pris des mesures substantielles dans le domaine des politiques pro-familles.

 

Mais, en plus, Ivan Blot attire l’attention aux lecteurs sur les effets désastreux entraînés par la séparation de l’Eglise de l’Etat, la sécularisation des sociétés et l’imposition d’un laïcisme obligatoire. Chasser l’Eglise de l’espace public, de l’enseignement, et son marginalisation dans le domaine privé du citoyen a produit un vide spirituel occupé sans retard par les faux prophètes de la laïcité.  L’auteur suggère, même si en passant et sans développer l’idée, que si la religion a été séparé de l’Etat, la maçonnerie lui a occupé la place, en prenant en fait le contrôle sur le politique, la culture et l’éducation.

 

Et malgré le fait que la guerre non déclarée de la maçonnerie contre le christianisme ne rentre pas dans le thème du présent livre, cet affrontement spirituel entre les adeptes du Christ et Ses détracteurs peut facilement être repéré par le lecteur avisé qui connaît les défis de la Modernité, défis sortis au jour dans les dernières décennies. De point de vue sociologique, nous fait remarquer Blot, la religion, tout comme la langue et la culture, ne constitue pas un phénomène individuel, mais collectif, lié à un certain territoire. La foi religieuse en tant qu’élément de premier ordre dans la création et la préservation d’une identité collective, mais aussi en tant que prémisse de la renaissance spirituelle par récupération des liens profonds avec les couches ancestrales des peuples européens, est considérée comme facteur unique de modélisation du comportement humain. Autrement dit, l’auteur nous rappelle la vérité bien connue que la morale ne peut être autonome, mais dérivant de la foi religieuse. Faute de ce facteur d’ordre, qui donne à la vie un sens supérieur, la voie qui mène à l’extinction des peuples européens est irréversible.

 

Face à la vague de la migration, qu’il appelle aussi « colonisation physique » ou « colonisation par peuplement », Ivan Blot évoque la nécessité de la décolonisation intellectuelle, facteur déterminant de la survie des peuples européens. Il dit :

 

«La France vit depuis lors une double colonisation: d’en haut, si l’on peut le dire, c’est-à-dire une colonisation effectuée par les Etats Unis et le monde anglo-saxon, et d’en bas, c’est-à-dire la migration en masse entraînant des personnes pauvres et sans qualifications qui colonisent progressivement des zones entières du territoire. Arrêter la seconde colonisation n’est possible qu’en vainquant la colonisation mentale, d’en haut, celle qui nous interdit de réagir. »

 

Autrement dit, repousser la colonisation d’en haut, colonisation militaire, politique, économique, culturelle et spirituelle, tout comme repousser la colonisation d’en bas, requiert une émancipation de la volonté politique de liberté authentique. « Mais pour sortir de l’état de colonisation multiple dans laquelle se trouve l’Europe, il nous faut d’autres valeurs, non commerciales : le sacré, l’honneur, la valeur personnelle, l’amour de la beauté et de la Patrie. De nos jours, l’Europe a besoin d’une « réforme intellectuelle et morale », comme le disait Renan – soutient l’auteur.

 

En plus des deux formes de colonisation, à l’aide des instruments de colonisation américains et à travers l’invasion des populations musulmanes, Ivan Blot nous en fait voire encore une, celle qui rend possible de saper l’Etat et de désagréger le corps social du peuple indigène. Il s’agit de ce qu’il appelle « colonisation interne ». Il insiste bien sur le fait qu’il s’agit «d’une colonisation interne de la part de l’Etat : l’oligarchie administrative a colonisé le pays au nom de son propre bénéfice ! » ; tout cela en sacrifiant l’indépendance du pays au profit de l’hégémon américain. N’y a-t-il pas la même situation dans nos sociétés ex-communistes ?

 

Le plaidoyer de Ivan Blot est déterminé, catégorique, même irréconciliable :

 

«Il faut démasquer l’oligarchie dirigeante qui collabore dans la réalisation du travail de colonisation de nos nations européennes. Cette colonisation se produit d’en bas vers le haut (la migration des pauvres) et d’en haut vers le bas (l’impérialisme de la superpuissance américaine appuyé par ses instruments, l’OTAN et l’UE, telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui).»

 

Face à cette approche tellement tranchante on peut se demander combien de politiques, d’intellectuels ou de journalistes de chez nous ont le courage de se manifester ouvertement avec un discours contre le courant dominant, en prenant le risque non pas d’être liquidés physiquement ou de se voir emprisonnés, comme c’était le cas au temps des communistes, mais d’être ostracisés stigmatisés et catalogués comme extrémistes, radicaux ou – horribile dictu – philo-russes? Malheureusement ils en sont peu, très peu.

 

La génération des créateurs d’Histoire semble restée dans le passé. De nos jours l’espace public est surpeuplé d’individus qui profitent des circonstances historiques ou géopolitiques pour en tirer des bénéfices immédiats, garants d’une ascension sociale rapide. C’est exactement la raison pour laquelle des auteurs tels Ivan Blot peuvent et doivent servir comme exemple pour dépasser l’état de timidité et de confort psychologique aux gens encore sensibles au qualificatif honorable de patriote et de chrétien.

 

Et comme à l’heure présente et pour les années à venir l’Europe aura encore à l’ordre du jour la question de l’invasion musulmane et surtout des mesures à y prendre, l’idée à retenir est celle de notre vulnérabilité face à l’islamisme radical et agressif et l’absence d’un remède efficace contre celui-ci.

 

«Il faut arrêter la colonisation démographique massive par les populations musulmanes, colonisation qui peut avoir un jour des conséquences politiques graves. Face à l’islamisme, la laïcité est une épée en bois. »

 

Autrement dit, une Europe déchristianisée, séchée de sa force spirituelle et anesthésiée moralement par l’intermédiaire des ingénieries sociales imposant la tolérance capitularde et l’indifférentisme religieux, n’a pas de chances de survie à moyen terme, sans parler de chances de permanence dans l’Histoire. Et dans notre cas la leçon de patriotisme vigoureux et de ré-christianisation   aurait une signification supplémentaire. A savoir celui de dépasser le syndrome de bout du monde, de dé-provincialisation, mais aussi le sens de l’engagement plein dans les grands débats de l’époque, de défi lancé contre les difficultés majeures et de coopération digne avec les gens et les organisations extérieures par rapport à notre espace, mais qui sont nos alliés naturels.

 

Tout cela est possible, comme toujours dans l’histoire, seulement dans la mesure où nous saurions connaître notre ennemi. Voila l’enjeu suprême du moment actuel : identifier correctement et assumer pleinement notre ennemi.

 

Encore plus, il s’impose à nous de le nommer de manière directe et concrète, de lui définir clairement le profile identitaire, mais aussi d’identifier des risques fatals découlant du refus de nous impliquer dans ce combat de vie et de mort. Ce qui suppose abandonner une longue école de pratique des euphémismes, des allégories, si chères surtout aux intellectuels sans caractère, qui dissimulent derrière ce style ésopique leur propre lâcheté.

 

La traduction de ce livre de notre ami français Ivan Blot pour le public de langue roumaine est en égale mesure un éloge fait à tous les intellectuels pleinement engagés, par leurs livres, articles et conférences publiques dans la mission de défendre l’identité chrétienne et le droit à une vie digne des peuples de notre continent.

Iurie Roșca

Source: https://flux.md/articles/o-pledoarie-pentru-decolonizarea-si-regasirea-unitatii-continentului-european