La Guerre eschatologique d’août 2019

09:13, 5 august 2019 | Actual | 136 vizualizări | Nu există niciun comentariu Autor:

La cécité de nos élites, en particulier conservatrices, ne connaît aucune limite. Elles ont les yeux embués de doxa et les pupilles dilatées à outrance par des doses massives d’atropine idéologique. Tous où presque accusent l’Iran de multiplier les provocations dans le Golfe ! Mais enfin ce n’est pas Téhéran qui a unilatéralement dénoncé le Traité 5+1 signé à Vienne le 14 juillet 2015 [1], accord relatif contrôle des activités nucléaires iraniennes, mais la Maison-Blanche. Non ? Est-ce la marine iranienne qui croise face au port de New York ou bien une armada américaine prête à en découdre qui fait des ronds de squale à l’affût dans les eaux du Golfe persique aux abords du détroit d’Ormuz ? Sont-ce les Pasdaran qui bombardent Eretz Israël où l’exact contraire, Tsahal qui n’hésite plus à frapper des positions de la République islamique d’Iran à quelque 900 km de son propre territoire ? Un drone de combat israélien Harop [2] aurait visé la 52e brigade de la milice Hashd Shaabi le 19 juillet 2019 près de la ville d’Amerli, dans la province de Salahudin (Saladin), au nord-est de Bagdad. Quatre jours plus tard, le 24 juillet Israël, bien abrité derrière le bouclier des forces américaines et arabes, lançait plusieurs attaques contre des « positions militaires du régime syrien et de ses alliés » (comprenons des unités du Hezbollah libanais), dans la zone de Tall al-Hara et dans le gouvernorat voisin de Kouneitra, à proximité immédiate du plateau du Golan récemment annexé en totalité avec la bénédiction du président Trump [3].

Or ces attaques sournoises sont devenues monnaie courante depuis le début de la guerre de Syrie en 2011 alors qu’officiellement (même si l’état de belligérance n’a jamais cessé entre Damas et Tel-Aviv depuis 1948), l’État hébreu n’est a priori pas partie prenante de l’actuel conflit et de ses extensions (au Yémen par exemple). Mieux vaut effectivement faire la guerre par procuration, se déclarer en retrait, se déclarer étranger aux flux et reflux des armes, frôler la neutralité… tout en soignant des blessés d’al-Nosra dans ses hôpitaux et en exfiltrant des combattants djihadistes par centaines via son propre territoire, et puis, à la plus petite anicroche, pousser les cris déchirants de la victime expiatoire. Mais tout ce cirque n’est que trop habituel et ne paraît gêner quiconque dans les chancelleries, les rédactions et les cabinets gouvernementaux.

Provocations à la guerre

Ces provocations israéliennes en série suggèrent deux réflexions principales : primo, Tsahal n’a aucun scrupule à jouer les picadors à l’encontre du taureau syrien parce qu’elle se sent confortée par une certaine impunité nonobstant les défenses anti-aériennes syriennes équipées de systèmes S300 apparemment tenus en réserve. Puisque que cela marche, pourquoi se gêner ? On peut toutefois supposer que Damas, en attendant l’heure de la revanche, fait le gros dos, ronge son frein et évite de tomber dans le panneau. Secundo, un pas de trop de la part de l’Armée arabe syrienne et le prétexte serait tout trouvé pour lancer des frappes destructrices massives. Or Damas doit panser ses plaies à l’issue d’une terrible guerre de huit ans… laquelle n’est toujours pas complètement achevée, des métastases terroristes diffuses sur l’ensemble du territoire rendant aléatoire l’état sécuritaire. Et puis la situation économique du pays n’est pas très brillante – singulièrement au regard de pénuries d’énergies – parce que la guerre internationale n’a évidemment jamais cessé sur ce plan-là.

En multipliant les provocations, l’État hébreu en espère bien pousser le camp alaouite et chiite à la faute afin que l’irréparable soit finalement commis. Sachant que toutes les conditions sont actuellement réunies pour une embrasement à grande échelle avec pour résultat la mise au pas d’un Iran décidément irrédentiste, l’éradication du régime honni de Damas soit éradiqué et le renvoi des Russes dans leurs steppes d’où ils n’auraient jamais dû sortir… et leur faire perdre leur unique point d’appui et débouché maritime stratégique de Lattaquié dont l’existence fait tache sur la carte géostratégique du sud de l’Europe et obère la chasse gardée méditerranéenne de la VIe Flotte [4]
. Avec, en bouquet final, le tronçonnage de l’odieux axe Téhéran/Bagdad/Damas/Beyrouth. Personne ne faisant remarquer que cet axe chiito-alaouite n’est en fin de compte que le résultat de la politique démentielle de destruction programmée de toutes souverainetés politiques (réputées menaçantes) sur le pourtour d’Israël. À commencer par l’Irak. Tout ceci est connu, archi connu mais il importe de le répéter inlassablement tant les évidences les plus éclatantes échappent à nombre d’hommes supposés intelligents… mais paresseusement conformistes et à la vue déformée par un lancinant conditionnement médiatique. L’homme est ainsi fait qu’il s’arrache très difficilement du papier tue-mouche de la doxa : il suffit que la parole tombe d’en haut et sa soumission intellectuelle est immédiate… Tout en se prévalant d’une liberté de penser qu’il n’exerce que si peu au profit de la vérité.

La guerre fait rage mais le voile de Maya embue nos regards

Au regard des fréquentes et multiples incursions de Tsahal dans l’espace aérien syrien – et maintenant, s’enhardissant toujours plus, jusqu’aux frontières de l’Irak – il est pertinent de parler d’un conflit déjà engagé, très large, concernant des coalitions multi étatiques (en dépit des réticences actuelles de l’Union européenne à s’y associer pleinement). En raccourci, un conflit mi-chaud mi-froid, sans doute encore de basse intensité, mais un conflit quand même. La politique de sanctions financières, économiques et pétrolières à l’encontre de l’Iran ne pouvant pas s’interpréter autrement que comme autant d’actes de guerre au sens propre des mots, Téhéran ne voyant aucune différence entre les dures sanctions économiques imposées par Washington et des hostilités ouvertes car dans les deux cas les résultats sont exactement les mêmes. Dévastateurs. Encore faut-il, pour bien apprécier et prendre l’exacte mesure de situation d’extrême tension qui se développe et prévaut entre la Méditerranée et le Golfe persique : toutes les conditions sont réunies pour l’embrasement et à force de battre le briquet, Tel-Aviv devrait bien parvenir à enflammer le poudrière… quel que soit le sang froid – impressionnant – de la Russie dans cette occurrence.

Curieux que ce soient les mots qui dans certains cas fassent exister les choses et, en ne les nommant pas, permettre d’escamoter la réalité suffisamment pour plonger les foules dans un état de stupeur anesthésique. Il suffit que « tous » (décideurs et médiateurs) s’entendent pour ne pas franchir la ligne de démarcation entre le virtuel et le réel… Bref nous sommes – nous le camp occidentaliste – en guerre chaude et la presse ne nous le dit pas préférant détourner l’attention du public à propos des tenues bariolées de la porte-parole du gouvernement hexagonal ou de son extravagante tignasse laineuse… de même qu’à Londres tous les regards sont tournés vers le sinistre bouffon promu Premier ministre, une sorte de mixte de Cohn-Bendit et de la susdite Miss Si-Bête ! The show must go on… le spectacle doit se poursuivre… Tout est donc pour le mieux dans le meilleur de monde panglossien, les saltimbanques occupent la scène et occultent la drôle de guerre en cours contre l’Iran. Regardez ailleurs !

Coups pour coups

Bien sûr rétorquera-t-on, les Iraniens rendent les coups : super drone abattu au-dessus du Détroit, deux pétroliers britanniques arraisonnés (l’un deux a été restitué), faits au demeurant significatifs que les états-majors occidentalistes (Arabie/Qatar/Émirats/R-U, Israélien/Américain) ne prennent pas suffisamment au sérieux la dangerosité potentielle de l’Iran, sûrs qu’ils sont de l’écrasante disproportion existante entre les forces en présence. Il n’est d’ailleurs pas certain que ce raisonnement (ou cette stratégie du fort au faible) se révèle à terme véritablement payante parce que dans tous conflits ce ne sont pas seulement les capacités matérielles qui entrent en jeu pour décider de l’issue de la bataille … mais aussi la cohésion morale des belligérants (fussent-ils en position d’infériorité), leur détermination et leur combativité.

Le soutien matériel de l’Union soviétique et de la Chine ont sans doute fait beaucoup pour aider les Vietnamiens du Nord à renvoyer les GI’s dans leurs foyers, mais cela n’aurait certainement pas suffit sans la cohésion ethnique et psychique des Tonkinois, leur discipline de fourmis légionnaires et leur impressionnant acharnement dans l’offensive [5]. De même “la force de l’Iran ne découle pas de son arsenal de missiles balistiques et d’une flottille de vedettes de guerre difficiles à détecter, mais de sa volonté de résister, et de sa capacité à exercer des représailles contre toute agression” [AbdelBariAtwan21juil19]. C’est en effet ignorer que le sévère régime de sanctions auquel se trouve soumise la nation iranienne, loin de la dissocier, la ressoude dans et par une réaction patriotique. Erreur d’appréciation plus lourde encore de la part des anglo-américano-sionistes, pataugeant dans le matérialisme le plus opaque (borné), qui estiment négligeable la dimension métaphysique et même eschatologique de la culture iranienne. Le chiisme est en effet une religion basée sur la passion (au sens christique) de l’Imam Hussein mort en martyr lors de la bataille de Kerbela, le 10 octobre 680. Cela reste et demeure un fait central de la psyché collective iranienne… même si les jeunes générations urbanisées et occidentalisées se détournent aujourd’hui ostensiblement de la religion [6]. Les modes passent et les invariants culturels subsistent… sauf bien entendu, grand remplacement et brassage génétique des populations.

Dimension métapolitique de la guerre

Toujours est-il que la guerre possible contre l’Occident, revêt une très réelle dimension métapolitique dans le monde chiite, la mort au combat y étant regardée comme une authentique assomption spirituelle. Assurément les États-Unis, à coup de larges tapis de bombes devraient parvenir in fine à réduire ce peuple d’impénitents mystiques, reste que la chose n’est pas gagnée d’avance face à des vagues d’assaut de candidats au martyr… Cela même avec l’effet de sidération – le choc psychologique – que pourrait susciter le recours à l’arme atomique miniaturisée pour la destruction des sites de production d’uranium enrichi, des laboratoires, des arsenaux et des centres de commandement des Gardiens de la Révolution. Ajoutons que la confrontation ultime avec les forces de l’empire du mal – Armageddon pour ne pas le nommer – n’est pas une hantise ou une crainte mais une certaine forme d’espoir. Eh oui ! En clair une partie de la population et des élites iraniennes vit encore aujourd’hui dans l’attente de la fin des temps, du Messie (en l’occurrence le Christ) précurseur de l’envoyé, le Mahdî [7]. Comprenons qu’il n’est pas ici, concernant une guerre en progestation, question de crainte, mais d’une attente et d’une éventualité à laquelle tout bon croyant ne saurait se dérober.

Pour ne pas conclure en cet été de tous les dangers

En dépit de et à travers le brouillard poisseux des fantasmagories hollywoodiennes et du rêve américain (si souvent cauchemardesque), se discernent toujours les linéaments d’un monde archaïque aux profondes et fortes racines spirituelles. Nous ne devrions pas l’oublier à l’heure où les guerres d’unification du Marché planétaire font rage, se déployant sur terre, les mers, les airs et les espaces [8] … et pire encore, au cœur même de nos sociétés avec les révolutions anthropologiques, post et transhumanistes qui nous accablent et qui sont l’autre face hideuse de la guerre totale que les puissances messianiques livrent au genre humain.

Comprenons – comme déjà dit – que les guerres conventionnelles (ou non), les guerres de contrôle et d’influence territoriale ne sont que le préalable, le déblaiement du terrain pour mieux ensuite instaurer une implacable et universelle démocratie transgénique. Ce ne sont pas ici des mots ronflants mais des réalités tangibles. Depuis que l’humanité existe, aucun système, aucun régime, aucune culture aussi cannibale ait-elle été, n’a pris pour base le mariage d’individus du même sexe. Cela est à ce point énorme que cela obstrue tous les canaux de l’entendement humain. Il serait temps de s’en apercevoir et de tirer toutes les conséquences de ce type de mutations sociétales parfaitement tératologiques.

Bref, face à nous un seul et unique monstre, une seule et même Guerre… Globale. On en comprendra mieux les enjeux lorsque l’on admettra que dans le cas d’une confrontation armée avec l’Iran chiite, nation dotée de structures cléricales… une exception dans le monde musulman – ce sont deux eschatologies qui se défient et se font face. Cet enjeu nous dépasse et il est également et surtout un enjeu planétaire.

Léon Camus

28 juillet 2019

Source: http://www.geopolintel.fr