EURASISME ET MULTIPOLARITE
ORIENT ET OCCIDENT EN RUSSIE ET EN EUROPE

08:28, 30 iulie 2020 | Actual | 35 vizualizări | Nu există niciun comentariu Autor:

De Troubetskoï à Douguine.

Géopolitique et Weltanschauung dans la pensée russe

Dans les années 1920-30, lorsque le Prince S.N.Troubetskoï, emprunta le terme d’eurasisme à ses études linguistiques, il soutint la thèse que les origines de la Russie étaient plus touraniennes que slaves, d’où sa déconstruction de l’héritage kiévien et sa réhabilitation du „joug tatare” et de la Russie d’Ivan le Terrible (1530-1584), héritière de la Horde d’Or. La Russie serait plus asiatique que slave et la Russie moscovite, un empire eurasien. Ainsi, pour comprendre l’histoire de la Russie il faudrait assumer un regard éclairé depuis l’Orient et guère depuis l’Occident. Or, pour que la géopolitique soit associée au message eurasien il a fallu attendre la chute de l’Union Soviétique, substituer au marxisme une clé de lecture globaliste et redéfinir le rôle de la Russie dans le monde. Le dilemme identitaire réapparut, transformé, dans les mêmes termes d’origine, comme appartenance et comme civilisation: Europe ou Asie ? Le rapport au passé soviétique aggrava le problème identitaire et l’objectif principal de l’engagement et des débats devint l’occidentalisme, le libéralisme et une sourde attitude de résistance. Alexandre Douguine réhabilita la géopolitique et la notion de „civilisation” permit une interprétation du passé, plus appropriée des modèles historiographiques classiques. La transition de l’identité soviétique à celle post-totalitaire, se fit par la conversion du temps (linéaire et en progrès), en une approche géographique et spatiale (Europe versus Eurasie). C’est le moment (2004) du soutien de Douguine à un”nationalisme éclairé”, renié plus tard par celui d’identité impériale (traduction politique de l’idée civilisationnelle) et, parallèlement, d’un rejet net du libéralisme et de l’individualisme. Puisque l’Empire eurasiatique reflète la civilisation touranienne, l’avenir de la Russie dépendra de l’affrontement entre l’eurasisme et le libéralisme.

Néo-eurasisme. Choix civilisationnel et bloc continental

Dans le cadre de ces nouveaux paradigmes, l’Eurasisme, devint un choix civilisationnel et identitaire et se constitua politiquement comme un bloc continental, opposé à l’atlantisme et poussé à une appréhension polycentrique du monde. On dira, plus abstraitement aujourd’hui, une alternative à la vision multipolaire du système planétaire, à dominante anglo-saxonne.

Le néo-eurasisme apparut comme une Weltanschauung de la pensée russe, bouleversant l’idée de continuité politique, exprimée par la notion d’Empire et par la mystique religieuse de la” Grande Tradition”, l’orthodoxie de Byzance.

Cette doctrine intégra dans son corpus idéologique, les traits communs à la „révolution conservatrice” de la République de Weimar (R.Steukers) et de la droite souverainiste de l’Occident actuel (A. de Benoist).

En termes ethnologiques et anthropologiques, le néo-eurasisme exprimait la synthèse identitaire de l’âme russe,qui résultait de ses deux composantes, russo-orthodoxe et turco-musulmane des peuples slaves et altaïques.

Ainsi, de cet amalgame intellectuel et politique résulta une géopolitique anti-occidentaliste originale, enracinée dans la maîtrise des „grands espaces” de C.Schmitt, du Heartland profond de MacKinder et des postulats culturalistes de S.Huntington.

Une alternative à l’Occident

Une alternative à l’hégémonie de l’Occident post-moderne, revendiquant une continuité, souterraine et incontournable entre tsarisme, soviétisme et histoire contemporaine.

Autant dire que la critique de la post-modernité occidentale, éclatée et décadente, opérait intellectuellement à partir de la conjugaison historique des deux contraires, Orient et Occident, tournés vers l’Orient, pays de la lumière et du soleil levant.

On peut ajouter de surcroît, que la ligne de continuité idéale  qui va de Troubetskoï à Douguine en passant par Prokanov, Gumilev, Bagramov et Panarin, les hommes-clés de ce courant, ré-élabore de manière incessante la doctrine averroiste de la double vérité, d’Orient et d’Occident, et resserre l’infinie diversité nationale et ethnique de l’Eurasie, sous l’unité des facteurs civilisationnels, qui font le destin des peuples et la fortune des nations.

Or, au sein de ce courant, Bagramov, dans une mise à jour doctrinale exprime la conception selon laquelle „l’idée russe”, de nature messianique, n’est guère contraire au principe de nationalité, ni au nationalisme „grand russe”, mais se confond avec un sentiment supra-national, dû à un passé commun à tous et de nature intrinsèquement politique.

L’idée russe et l’Empire

Ce sentiment fut l’Empire, qui solidarisa les nations et constitua le facteur unitaire de la civilisation eurasienne.

Pour Bagramov, ainsi que pour Panarin, opposés à Gumilev et à Douguine, la philosophie de l’histoire s’oppose à la géopolitique eurasiste, qui postule une dépendance déterministe envers la génétique ou la nature.

Cet élément d’unité est donc commun à toute l’Histoire de la Russie, à partir de l’Empire tsariste (XVIème siècle), jusqu’au Parti-Etat universaliste de la Fédération des Républiques Socialistes Soviétiques du Kremlin moscovite, moins ouvert sur le monde, par rapport à la Russie saintpetersbourgeoise de l’Empire pétrovien.

Évocateur de grands défis, le néo-eurasisme rappelle, depuis l’écroulement de l’URSS en 1991, le bras de fer gigantesque qui se déploie entre la logique centrifuge et post-soviétique pour la balkanisation de l’Eurasie et la logique centripète, pan-russe et pan-slave, pour l’unité de l’Eurasie, contre les forces désagrégeantes venant de l’Empire de la mer et de l’Hégémonisme occidental.

Ce bras de fer s’articule en deux stratégies conjointes et hostiles, dont une, venant de l’ouest (les élargissements successifs de l’Otan et de l’Union Européenne) et l’autre, prenant la forme des multiples tentatives de déstabilisations, les „Révolutions de Couleur” et les Coups d’État masqués (Ouzbékistan, Kirghizistan, Géorgie, Ukraine..), soutenus et manœuvrés depuis l’Occident.

La Russie et l’Europe. Une alliance souverainiste du Nord?

Dans le cadre de ces épreuves, l’eurasisme justifie sa raison d’être soit comme philosophie et donc comme stratégie d’alternance géopolitique et culturelle, soit comme bloc continental, revendiquant une autre approche stratégique et anti-atlantiste.

Or, si, dans cette manœuvre d’ampleur historique, le réveil des peuples du Nord devait prendre forme, la Russie et l’Europe continentale pourraient conjuguer leur manière distincte de penser, l’une par l’espace (Russie) et l’autre par le temps (Europe), mais surtout par leur destin et leur avenir, au nom de la souveraineté et de la liberté des peuples et d’une paix d’équilibre.

L’ambition du projet est inhabituelle, puisqu’elle comporte un véritable renversement historique et une remise en cause culturelle et politique de l’Occident (Amérique).

Il s’agirait dans cette hypothèse d’une grande révolution politique et d’une inversion des vieux paradigmes intellectuels de la connaissance héritée et d’une autre configuration du système international.

Quelles seraient dans ce cas les chances du défi et pourrait-t-on y parvenir par une paix de compromis ou, en revanche, par une confrontation belliqueuse ?

Les différents aboutissements de la doctrine

La doctrine de l’eurasisme engage ses penseurs vers trois directions différentes:

– une réflexion d’ordre mondial, alternatif, globalisant et systémique, fondé sur la vision d’un monde découpé en grandes aires de civilisation. Celles-ci impliquent à fortiori un ordre étatique et une centralisation politiques, faisant appel à une une rhétorique universaliste.

– une analyse de la dualité de la Russie, à cheval sur les deux continents et entretenant une double relation avec le reste du monde, peu perméable à l’Ouest et plus ouverte à l’Est. Cette dualité engendrerait à son tour un visage modernisateur vis à vis du monde turko-musulman, „l’Orient de l’intérieur”, et une image, hautement spirituelle, vis à vis du monde européen et de la sécularisation occidentale.

– un positionnement de la Russie comme polarité continentaliste souveraine, en posture de rivalité face à la dominance d’Hégémon et à la prééminence multipolaire américaine. L’opposition de la Russie à sa dilution dans la civilisation occidentale implique la défense acharnée de son identité tellurique, face à la la puissance thalassocratique de la République Impériale. Elle implique également la maîtrise des „grandes espaces” et engendre une conception organique de la vie, privilégiant la stabilité et la  communauté, à la place de l’individu et une méprise de la société post-moderne, fondée sur la perte de l’identité et de la tradition. Dans ce contexte historique ,les penseurs de l’eurasisme plébiscitent une forme de gouvernement autocratique et stable et jugent innaturel l’éloge d’une république démocratique et aléatoire.

Ainsi, la géopolitique anti-occidentaliste qui en résulte,fondée sur des postulats culturalistes s’insère dans la théorie du monde multipolaire comme une doctrine contre-hégémonique, dressée contre les États-Unis, premier empire global de l’histoire. En ce sens, l’eurasisme a accompagné la transition de la Russie post-soviétique, depuis son auto-définition de „puissance résistante” (E.Primakov), en mesure de faire de contre-poids à la prééminence mondiale des États-Unis, jusqu’à sa ré-classification comme „puissance souveraine” (V.Poutine), „capable de défendre militairement sa souveraineté, si besoin, de manière autonome”.

A.Douguine en conclura que c’est le prix à payer par la Russie, en tant que „pôle continentaliste”, pour un retour vers ses racines et vers le sacré „(A.Douguine), afin d’échapper à une soumission complète vis à vis de la post-modernité de l’Occident.

L’Orient de l’intérieur et la Russie

Si, en somme, le néo-eurasisme a constitué une réflexion sur la „nature” du pouvoir russe, tsariste, soviétique et post-soviétique, c’est qu’un lien spirituel entre des groupes nationaux divers s’était constitué autour de l’État russe, depuis la constitution de l’Empire au XVIème siècle, sous la forme d’un sentiment d’appartenance supra-ethnique à une civilisation pluriculturelle, médiatrice et supérieure. Ainsi le religieux et le sacré, qui sont l’âme d’une civilisation, sont à la base de l’idée russe.

Ils exprimeraient une communauté de destin entre les éléments constitutifs de ce pluralisme, qui a comme critère de référence l’espace et non l’identité.

Dans la perspective eurasiste l’idée russe rappelle la coexistence organique de plusieurs peuples et traditions, soumis à un pouvoir impérial unifiant, un centre étatique qui vit de la diversité de l’héritage slave et turco-mongol. Ce pouvoir intègre deux univers constitutifs, orthodoxe et islamique, se rattachant à une origine commune, d’une haute spiritualité; plus sécularisée à l’Ouest, plus orientalisée et immuable à l’Est. Encore une fois Orient et Occident. Mais avec un Orient double, l’Orient de l’intérieur, l’Islam de Samarkand et de Timour et l’ Orient de l’extérieur, celui des pays turcophones d’Asie centrale, incarnant un esprit d’ordre et de soumission.

Cette idée russe, à la dualité permanente est une idée paradoxale et hybride, celle d’une écoumène religieuse, exprimant la coexistence et la continuité entre la Russie de Kiev,ou de la troisième Rome et la Russie de Moscou, marquée par la Horde d’Or. Si la Russie eurasienne est donc la synthèse de l’Empire d’ Occident (septentrional, sibérien et tataro-mongol) et de l’Empire d’Orient (méridional ou nomade), à cette convergence Nord-Sud, s’ajoute une troisième composante, tracée dans l’espace intermédiaire du „Rimland”, comme troisième continent, qui va de la Baltique à l’Océan indien, qui vit tout à la fois de l’activisme nordique et du temps ralenti du méridien asiatique.

Orient (Islam) et Occident en Russie et en Europe

Par la voie des grandes analogies, souvent trompeuses et toujours arbitraires, le thème du pluralisme culturel et la figure de l’Islam sont totalement inversés dans le parcours et dans la vie du monde musulman en Europe occidentale, où l’Islam apparaît intrinsèquement étranger et totalement antithétique par rapport à l’Occident et à la civilisation Occidentale.

Une autre approche, davantage fondée en évidences, paraît mieux convenir à l’éternel débat sur la politique et la paix et à la dissipation des illusions et des utopies sur le genre humain. Il me semble dès lors indispensable de procéder, de manière intellectuellement radicale et par des concepts épurés de toute conventionnalité dans l’analyse du lien entre Orient (Islam) et Occident en Europe, comme terre de culture rationaliste et de tradition chrétienne.

Ces fondements peuvent se résumer à quelques points  éclairants et difficilement réfutables.

– le premier, de nature philosophique, est que toute cohabitation entre Islam et Occident en Europe, implique une approche schmittienne et non Kantienne de l’analyse, et se structure autour du concept d’ennemi, d’hostilité et de guerre, plutôt que d’empathie et de paix. Ainsi, cette différenciation sur la nature de l’homme engendre un fondement différent sur l’appartenance à la cité politique, fondée en Occident sur „l’affectio societatis”, intime et libre et, en Orient (islam), sur la soumission inconditionnelle au Calife, représentant de Dieu sur terre.

– le deuxième, repose sur la manière de concevoir les rapports de l’Europe avec l’Islam et ses fidèles, qui sont d’étrangéité radicale et de politique extérieure et non de politique interne. Il s’agit de rapports „hors la loi”, de violence et de régression civile (méfiance et crainte, tromperie et mensonge, ou taquyya)

– le troisième est constitutif de la cohésion d’une société. Pas de confiance dans l’autre et donc pas de sécurité et d’obéissance à la loi, puisque celle-ci n’est pas la même pour tous

– pas de coexistence politique d’Orient et d’Occident en Europe et donc d’Eurasisme occidental, comme en Russie, où la différence des ethnies et des cultures a été constitutive et originelle, tandis que la différence d’ethnie et de religion a été en Europe d’exclusion et de hiérarchie (ou de supériorité/infériorité raciale)

– pas de géopolitique territoriale en conclusion, et donc exclusivisme du sol en Europe, car une ethnie ne devient un peuple que par l’exclusion politique de l’autre („zones de non droit” en France, ce qui implique une partition „de facto”, mais non de droit de la France ou exclusion du partage du territorial en Israël (refus de toute solution à deux États)

– Conséquence! A partir d’une hétérogénéité civilisationnelle globale et radicale, pas de possibilité d’une Europe politique, ni d’une Europe de la norme, qui est, dans les relations extérieures, l’exception. D’où la simplification suivante, Unicité de la norme=unicité du droit=unicité du sol=unicité de l’État. Quant au processus d’intégration euro-atlantique impossibilité d’une Europe gaullienne, comme confédération de souverainetés autonomes, „l’Europe pour elle même et par elle même”

– pas d’homogénéité, ni d’intégration entre les deux rives de la Méditerranée, entre arabes et européens, par cause de déséquilibre démographique et de différenciation raciale géopolitique et de développement

– A l’aide de ce constat, blocage de toute politique d’immigration, autrement dit, pas d’Europe unitaire ou de souveraineté décisionnelle du continent (Brexit). Que des sociétés civiles ouvertes, dépolitisées, subordonnés, éclatées et implosives. Une Europe au seuil d’une guerre civile permanente!

– le défi de l’eurasisme, dans un système international multipolaire autorise et justifie une alliance souverainiste de l’hémisphère Nord entre l’Europe et la Russie et guère une alliance anti-capitaliste d’utopies et de spiritualités désarmées, aboutissant à des immobilismes historiques, dépourvus de légitimité moderne

L’Eurasisme et l’analyse comparée des pôles

Par ailleurs et en poursuivant l’analyse de la Russie et du néoeurasisme russe, dans quelle perspective géopolitique inscrire une réflexion sur la dualité de l’Islam, chiite et sunnite, toujours hostiles à l’Occident en partant du „Rimland de l’intérieur”, le Caucase et la Mer Noire,ou du double anneau des terres, qui définit les bornes intérieures de l’Europe et de l’Asie? Il est important pour l’autonomie et l’indépendance politico-stratégique de l’Europe, que l’instabilité entre la bordure occidentale et orientale du continent ne comporte pas une inversion de la „Balance of Power”, aggravant „l’arc de crise” qui va de l’Ukraine à la Syrie et qui aiguise les tensions entre sunnites (Turquie, Arabie Saoudite et Libye) et chiites (Iran, Irak, Liban et Syrie). La mosaïque ethnique du cœur de l’Asie centrale ne pourrait absorber les antagonismes des puissances terrestres entre la masse de l’Est, à dominante mongole et turque et l’archipel occidental de l’Asie, l’Europe, à dominante anglo-saxone et nordique. Quel autre rôle pourrait jouer l’Islam face à une Amérique hésitante, une Europe impuissante, un Israël impatient et une Chine, montante, conquérante et surpeuplée, si non le rôle du perturbateur et du frondeur?

Par ailleurs et du point de vue politique, dans une conjoncture de reflux de la vague de démocratisation globale et de géopolitique éclatée,le danger majeur pour l’Europe demeure un condominium russo-chinois sur l’Eurasie et l’hypothèse à long terme d’une suprématie chinoise dans le monde. Le règne de la stabilité ne pourrait plus être assuré par les puissances majeures de la planète en Eurasie, où des conflits endémiques et des formes chaotiques de changement rendent nécessaires une intelligibilité stratégique et une architecture de sécurité composite et crédible (OTAN,OSCE, OTCS, OCS), autrement dit, un ordre politique gouvernable. C’est donc sur ces bases que l’Europe et la Russie pourraient reconnaître l’utilité d’une nouvelle architecture eurasienne de sécurité, dans le but de promouvoir leur intérêt commun dans le respect de la stabilité, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les nations, en excluant tout rôle autonome de l’Islam, soit il sunnite ou chiite. Une Alliance souverainiste de l’Hémisphère Nord serait susceptible d’influer profondément sur le comportement de la Chine, ainsi que des puissances politiques de l’Asie du Sud et de l’Asie-Pacifique.

L’eurasisme comme révélateur de vulnérabilités

En conclusion l’étude de l’eurasisme russe est un révélateur de la vulnérabilité de la Russie post-soviétique vis à vis de la Turquie et de la Chine,en raison de son Orient de l’intérieur (Islam) et de son Orient extérieur (monde turcique ou turcophone). C’est un papier de tournesol pour la faiblesse de l’Europe post-moderne, vis à vis du monde arabo-musulman, (Grand Moyen Orient et Afrique du Nord), ainsi que dans un monde multipolaire, où il ne peut y avoir de sécurité que globale et où l’interdépendance est désormais politique et stratégique.

La diversité d’influence de l’Islam est un test décisif de son caractère intégriste et multiforme, dans les différents contextes politiques. Le pluralisme culturel de l’État russe est radicalement différent du multi-culturalisme européen. Dans le premier il est une composante constituante du politique, dans l’autre une force de dissolution. Par une forme paradoxale d’analogie, l’Islam européen est la personnification symbolique et virtuelle du”palestinien”, qui veut détruire Israël et l’Occident. Quelle signification globale peut donc avoir l’Eurasisme russe, dans un monde post-soviétique et multipolaire, un monde de puissances nucléaires, si non celui de départager les identités multiples de cet empire pluri-civilisationnel?

Au vue d’une approche critique de la mutipolarité, un rapprochement euro-russe sur la sécurité  implique une double rupture au sein de la société européenne et russe, bref, une prééminence nette de la Russie saintpetersbougeoise et pétrovienne sur la Russie tataro-mongole et la prééminence des occidentalistes sur les orientalistes, au sein de ce courant doctrinaire. Ceci entraînerait en particulier, l’échec de tout repli platonicien et anti-capitaliste du pouvoir d’État sur soi même, conduisant à son isolement international. Dans ce cas, le triomphe du courant modernisateur et developpementiste, comportera un soutien des pays d’Asie centrale et leur autonomie stratégique par rapport à la Chine. La deuxième rupture, religieuse est constituée par la rupture politique avec l’Islam sunnite et wahabite (Turquie Arabie Saoudite et monde Turcique), sur la sécante chiite Damas-Béyrouth-Teheran, influant sur les alliances stratégiques avec Beijing.

Le néo-eurasisme. Un renouveau?

Or et en conclusion, dans l’analyse comparée des pôles, le rapport au monde de la Russie, hostile à l’image dégradée de l’Occident, ennemie des élites globalistes et prête à les déstabiliser à partir d’une Weltanchauung civilisationnelle par la force de sa „Grande Tradition”, ce rapport constitue un renouveau salutaire de la civilisation universelle, opposé à l’individualisme anglo-saxon et obéissant à l’éternel balancier de l’histoire russe des grands cycles. Il en découle que L’Eurasie est un monde à part, une „aire culturelle” et un bloc de pays et de forces, qui a un „centre”, l’État autocratique, un „sens” historique et une conscience de son passé, mais aussi une réalité géopolitique, l’Inner Crescent qui sépare l’Europe de l’Asie. C’est le „Rimland de l’intérieur”, une ligne de partage entre la masse continentale (le Heartland) et la masse océanique, dont il faudra tenir compte sur le plan de la pensée dans les grandes épreuves de l’histoire. Elle désigne la capacité de resurgir des grandes catastrophes, dans l’hypothèse possible du duel du siècle entre les géants de la bipolarité de demain, l’Empire du milieu et la Démocratie impériale.

 Irnerio SEMINATORE

Bruxelles 3 juin 2020

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