Chisinau Forum III: 21 septembre, Présentation de livres d’auteurs français traduits et édités par l’Université populaire de Moldavie.

08:33, 3 decembrie 2019 | Actual | 50 vizualizări | Nu există niciun comentariu Autor:

Antony Drumel, militant politique et éditeur, France

Antony Drumel est activiste politique et éditeur. Il a vécu en Asie pendant plusieurs années et a appartenu à diverses formations et associations politiques. Il était en charge des productions de la maison d’édition française « Le retour aux sources », dont la ligne éditoriale s’inscrit clairement dans la logique de notre forum. Il est à l’origine de nombreux projets éditoriaux. Depuis 2017, il est régulièrement invité à participer à des colloques internationaux. Il nous en dira plus sur l’utilité de l’édition dans notre lutte commune.

L’édition comme arme de contre-propagande à la société de déréalisation.

Cher(e)s ami(e)s, chers camarades,

Je voudrais remercier notre ami, le courageux Iurie Rosca, éternel combattant pour la liberté des peuples, de m’avoir invité à cet important colloque qui nous rassemble ce weekend. D’autant plus que, de par sa position et son histoire particulière, la Moldavie se retrouve au centre d’un nœud gordien géostratégique… Mais ce qui justifie ma présence parmi vous, c’est que j’ai eu l’opportunité de participer et de contribuer à la diffusion de la plupart des textes qui vous sont présentés aujourd’hui via mes activités éditoriales.

L’édition s’avère donc être un élément constitutif de notre combat. Mais avant d’en venir au fait, un court rappel du contexte dans lequel nous évoluons : Au fond si c’est bien une guerre à laquelle nous faisons face, il s’agit surtout d’une guerre d’un nouveau genre. Certains parlent de « guerre de 4e génération ». Précisons que ce concept est né sous la plume de quatre hauts gradés de l’armée américaine juste après la chute du mur du Berlin et du paradigme binaire et manichéen qui régissait alors les rapports de forces internationaux. Nous sommes alors rentrés dans une nouvelle ère. L’unification illusoire des pays occidentaux qui devait s’inscrire autour et dans ce que Fukuyama a appelé « Le fin de l’histoire » et son économie prétendument florissante, faisait en fait place à une nouvelle forme de conflit : La guerre indirecte, feutrée et psychologique – la guerre du moindre mal dirait certains. Depuis, c’est bien une guerre d’influence et de narration qui est faite à nos peuples au service d’un projet civilisationnel et économique qui fait fi de toutes les normes anthropologiques les plus élémentaires.

A ce titre, vous le savez, les médias jouent un rôle décisif dans la déconstruction de la narration collective et donc dans la définition des normes de société qu’ils s’empressent de remettre en cause au profit d’un « storytelling » qui vise à imposer une idéologie plutôt qu’à retranscrire un réel sur lequel nous pourrions nous appuyer afin d’agir en conséquence. Nous sommes donc soumis, en permanence, aux aléas de cette narration falsifiée. En poussant la logique jusqu’au bout, jusqu’à l’ironie, la dérision et le grotesque, on peut même dire qu’avec l’avènement des séries TV via les plateformes de diffusion, nous constatons que nos populations, visiblement abruties par cet outil de manipulation, en viennent, dans leur appréhension des choses et malgré un réel qui crie de plus en plus fort, à suivre cette narration comme on suit une de ces séries. Comme si, finalement, les effets de cette narration n’avaient aucunes implications concrètes dans leurs vies…

Quel est le but de cette narration ? Il s’agit de redimensionner et remodeler le réel afin de modifier les perceptions de nos concitoyens pour leur faire accepter les projets fous de nos dirigeants. Construction d’un réel indexé à l’idéologie, (Utopos dont l’étymologie est : qui n’a pas de lieu) et l’idéologie comme alibi au pouvoir. Le chaos de basse intensité accepté comme norme dans une société soumise à tous les sophismes et les paralogismes des sous-groupes identitaires qui la composent. Les populations européennes, se prenant à leur tour pour un peuple prêtre, sont tombés dans leur propre piège. Aujourd’hui, les contradictions entre le réel et cette narration sont tellement fortes que c’est l’occident tout entier qui est en train de sombrer dans l’incohérence généralisée (schizophrénie ambiante, théorie du genre, mixage anarchique des populations).

Le réel et la limite n’existent plus et nous sommes soumis à un effet de déréalisation qui atteint profondément nos structures psychologiques et affectives.

Alors, il est temps de poser la sempiternelle question, celle qui nous tient en ébullition, celle qui nous fait prendre des risques, celle qui fait que nous sommes à nouveau réunit aujourd’hui : Que faire et avec quels outils ? Pour notre part, nous avons choisi d’énoncer le négatif de cette narration et de fait, l’édition est un outil fondamental. C’est une grande ambition que celle de devoir rectifier la vérité, de proposer un paradigme différent afin d’entrevoir l’autre côté du miroir. Nous considérons pourtant qu’il s’agit là d’une exigence et d’un devoir existentiel. Nous nous y accolons et autant que faire se peut.

Cet outil a donc comme fonction d’être une plate-forme qui permet de réunir des intellectuels et de faire vivre leurs textes et théories en dépit des injonctions du politiquement correct. Il est toujours sidérant de se rendre compte que certains des écrivains qui composent nos milieux font objectivement partie des plus importants intellectuels de notre temps. Le but n’est pas seulement de s’inscrire en faux vis-à-vis de cette narration falsifiée mais surtout de dégager les grandes tendances qui nous feraient tendre, par effet de synthèse, vers un discours de vérité et ainsi parvenir à créer des contre-feux à cette idéologie de la déréalisation. Contre-feux qui, par capillarité, finiraient par innerver des strates toujours plus nombreuses et importantes de nos sociétés qui sont elles-mêmes de plus en plus en demande de réponses à mesure que la narration officielle se fracasse sur le réel. Réponses que peuvent leur apporter nos auteurs…

Dernière ambition enfin, une fonction plus pragmatique, celle de catalyseur. En effet, le terrain d’investigation est si vaste et les approches du problème tellement nombreuses qu’il arrive que nous soyons régulièrement victimes de nos propres sensibilités avec comme conséquence, des divergences incapacitantes. Nous devons aussi avoir l’humilité de reconnaître que nous sommes, nous aussi, les enfants de la modernité. Elle est en nous, que nous le voulions ou non. Notre rôle est celui de réunir, de réconcilier et de composer avec les différents courants qui cohabitent dans nos milieux afin de leurs donner corps pour mieux densifier notre action globale.

Nos auteurs sont comme des synapses, nous voulons être leurs neurotransmetteurs.
C’est également, à mon avis, la fonction de ce genre de colloque.

Je vous remercie.
Antony Drumel
Septembre 2019.

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