Une radiographie de la religion du Modernite : ”La mystique de la Laïcité” par Youssef Hindi

09:05, 6 februarie 2018 | Actual | 4300 vizualizări | Nu există niciun comentariu | Autor:

L’Université Populaire de Moldavie, qui est un think tank et une maison d’édition axée sur les valeurs traditionalistes et de conservatoire, annonce volontiers aux lecteurs francophones du site www.flux.md que la version roumaine de livre du Youssef Hindi ”La mystique de la Laicite”, écrivain et historien de l’eschatologie messianique, est en cours de publication en roumain pour les lecteurs de la République de Moldova et de la Roumanie.

 

La contribution intellectuelle remarquable de ce chercheur est extrêmement opportune pour nos lecteurs profondément touchés par la mythologie libérale et l’hérésie du républicanisme, tels que la démocratie de masse, les droits de l’homme et l’auto-exaltation de l’individu-roi sans racines, sans traditions, sans tabous éthiques et surtout sans une compréhension profonde de l’état catastrophique dans lequel il était déterminé à tomber.

Le livre de notre ami fait appel à l’esprit critique et à la curiosité intellectuelle de ceux qui tendent à former l’élite nationale, dont la caractéristique fondamentale est de prendre le destin collectif de la nation comme une tâche personnelle.

L’apostasie contre les dieux de la république, l’iconoclasme contre la ”corectitude politique” et les contraintes conceptuelles procustiennes, le défi du paradigme dominant est le fruit d’une analyse profonde et complexe de l’auteur.

Pour mieux comprendre la vision de l’auteur sur les causes, les voies et les méthodes du dé- christianisation de la France et de l’Occident dans son ensemble, comme dans certains cas, il est nécessaire d’établir un diagnostic précis.

Le défi intellectuel de Youssef Hindi peut aussi être vu comme une nécessité ardente de la connaissance, fruit d’une curiosité particulière, mais aussi comme une expression de la soif de connaissance que Dieu nous a donnée.

Le défi intellectuel de Youssef Hindi peut aussi être vu comme une nécessité ardente de la connaissance, fruit d’une curiosité particulière, mais aussi comme une expression de la soif de connaissance que Dieu nous a donnée.

Celui qui nous fait entrer dans le monde de l’auteur est l’écrivain, analyste politique et patriote de France, Jean-Michel Vernochet, qui représente la génération dorée des «nouveaux dissidents».

Iurie Roșca,

Paris, 5 fevrier

 

Prologue

 Par Jean-Michel Vernochet

La République née avec la Révolution de 1789, la Laïci-té instituée en 1905 pour exclure les Églises de la vie pu-blique, auraient-elles toutes deux un caractère religieux ? Essentiellement oui nous répond Youssef Hindi. La Ré-publique serait donc religieuse en son essence? «La foi politique, camouflée ou non en vertu nationale, a remplacé presque entièrement la foi religieuse, dont elle a hérité l’ar-deur, l’intransigeance s’il y a lieu, et le fanatisme persécuteur» écrivait en 1947 Romain Motier, citoyen de Genève1. Or si tous ne le disent pas à voix haute, cette dimension s’inscrit d’évidence, et en pratique, dans notre vie quotidienne.

 

La Démocratie impériale, réputée être le stade ultime de la civilisation humaine, marquerait dans cette perspective — aux dires de l’américain Francis Fukuyama, ancien conseil-ler de George Bush — la fin de l’Histoire et pourrait de sorte être regardée comme l’Église du Genre humain2… «Il se peut bien que ce à quoi nous assistons [1989] ne soit pas seulement la fin de la Guerre froide ou d’une phase particu-lière de l’Après-guerre, mais à la fin de l’Histoire en tant que telle : le point final de l’évolution idéologique de l’Humanité et l’universalisation de la Démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement humain». Il faut noter que Fukuyama déifie quasiment le système démocratique dans le droit fil de la conception hégélienne de l’État et de l’Histoire.

À savoir l’évolution progressive des institutions humaines, politiques, juridiques, économiques en marche vers un in-dépassable achèvement. Un postulat présenté comme dé-finitif, infalsifiable et par conséquent quelque peu entaché de dogmatisme! Passons. Sachons que l’État hégélien n’est pas un simple pouvoir institutionnel, qu’il est une réali-té spirituelle. Chez Hegel l’Esprit s’incarne en effet dans l’État, rejoignant l’idée du «Léviathan» de Hobbes, lequel identifie littéralement le divin et l’État… «Il faut donc vé-nérer l’État comme un être divin-terrestre» nous dit Hegel… L’État incarnant «la plus haute réalisation de l’idée divine sur terre et le principal moyen utilisé par l’Absolu pour se manifes-ter dans l’histoire. Il est la forme suprême de l’existence sociale et le produit final de l’évolution de l’humanité» 2.

On retrouvera une conception très analogue chez Karl Marx (1818/1883), l’État devant au final s’effacer au sein d’une république communiste messianique parfaite que l’on peut sans dificulté identifier à l’âge d’or de l’Eden originel dans la mythologie hébraïque. Notons incidem-ment qu’à chaque fois que le socialisme réel s’est attelé à la tâche, il n’a jamais pu dépasser le stade de la dictature prolétarienne, de la terreur rouge et du paupérisme pour tous… sauf peut-être en Chine populaire qui a su opérer une astucieuse synthèse entre stalinisme (autrement appe-lé marxisme-léninisme) et ultralibéralisme, les deux mâ-choires d’une même tenaille. Dans le chapitre III de cetouvrage, Youssef Hindi analyse opportunément et met en relation, tout en distinguant leurs particularités et leurs dif-férentes nuances, la mystique du socialisme et la mystique républicaine. En effet, toutes deux, nous explique l’auteur, sont animées par ce qu’il désigne comme un messianisme actif. Lequel doit conduire l’humanité au paradis terrestre, un messianisme dont le moteur se matérialise dans les masses prolétariennes et leur dictature, dans le cas du so-cialisme et dans les masses citoyennes pour ce qui est de la République.

D’autre part, si pour Hegel la fin de l’Histoire est post-révolutionnaire, datée de 1806 (victoire de Napoléon à Iéna annonçant l’assomption d’un État appelé à réaliser l’universalisation des idéaux révolutionnaires de Liberté et d’Égalité), pour Marx, au contraire, la fin de l’Histoire serait toujours en gestation. L’un, Hegel, a déjà accueilli le messie des temps derniers, le second, Marx, l’attend. Nous y reviendrons plus loin.

Mais l’on ne peut décemment mentionner Fukuyama sans évoquer Samuel Huntington, vulgarisateur et promoteur de la théorie dite du Choc des civilisations dont Youssef Hindi a débusqué les origines religieuses et messianiques dans son premier livre «Occident et Islam – Tome I». Car celui-ci viendrait apparemment contredire son devan-cier en postulant un inéluctable «Choc des civilisations» (1996) 3. Huntington semble de fait révoquer l’optimisme de Fukuyama en théorisant une guerre perpétuelle entre blocs culturels antagonistes (ce qui inclut évidemment l’aire géographique de l’Orthodoxie, aujourd’hui objet de toutes les suspicions de la part de Washington et du bloc occidentaliste). Pour Huntington ces guerres structurelles, quasi héraclitéennes4, n’auraient alors plus d’enjeux à pro-prement parler, ni territoriaux ni idéologiques.

 

Selon lui les conflits devraient ou doivent ainsi se penser en termes exclusivement “culturels” : «Dans ce monde nouveau, la source fondamentale et première de conflit ne sera ni idéologique ni économique. Les grandes divisions au sein de l’humanité et la source principale de conflit sont culturelles. Les États-nations resteront les acteurs les plus puissants sur la scène internationale, mais les conflits centraux de la politique globale opposeront des nations et des groupes relevant de civilisations différentes. Le choc des civilisations dominera la politique à l’échelle planétaire. Les lignes de fracture entre civilisations seront les lignes de front des batailles du futur».

Mais qu’est-ce que la culture si ce n’est une vision du “monde”, une conception politique, c’est-à-dire sociétale, une weltanschauung holistique, substantiellement idéolo-gique et par conséquent religieuse? Au reste, les choses sont parfaitement limpides pour Huntington : «Si le XIXe siècle a été marqué par les conflits des États-nations et le XXe par l’affrontement des idéologies, le siècle prochain verra le choc des civilisations car les frontières entre cultures, religions et races sont désormais des lignes de fracture». Par conséquent la distinction entre culture et confession n’est ici plus que pu-rement méthodologique ou opérationnelle. Précisons enfin que, quoique cette représentation d’un monde en conflit permanent adopte toutes les apparences de la raison raison-nante, du rationalisme et du scientisme, celle-ci aboutit à fournir des éléments théoriques légitimant les guerres im-périales… et messianiques que l’Amérique monde, vecteur de la République universelle, livre aux pays non alignés sur ses desiderata pour imposer un modèle politique émi-nemment culturel (la political correctness) et implicitement transcendantal puisque décrété absolument “moral”!

 

Fukuyama fixe, avons-nous dit, le terme ultime de l’His-toire à la chute du Mur de Berlin (1989)… quoique cet achèvement n’en finisse pas de rebondir d’écueil en écueil tant que l’unification politique et culturelle (nous par-lons de culture politique) du globe ne sera pas elle-même achevée. Or, à ce stade, il serait sans doute fécond d’exa-miner plus avant le concept de guerre civile planétaire cher à Huntington, dans son articulation dialectique avec la théorie d’un achèvement clairement messianique de l’his-toire. Parce qu’il n’est pas indifférent que ces deux penseurs soient tous deux Américains. L’on se souviendrait alors que l’Amérique est en son tréfonds culturel imprégnée d’un messianisme sui generis la vouant à diffuser — par la prédi-cation, le commerce, Hollywood et la force des armes — sa religion démocratique.

 

Car l’on oublie trop souvent que l’une des idées fonda-trices de l’Amérique est celle de sa Destinée manifeste, et qu’il serait indéniablement erroné d’imaginer qu’elle puisse appartenir à un passé révolu. Il n’en est rien. L’Amérique, support et vecteur de la République univer-selle, rebaptisée pour l’heure «Gouvernance mondiale», se déploie à travers la planète animée qu’elle est par la force messianique de son modèle sociétal, incarnation du souverain Bien. Ce qui justifie tous les massacres per-pétrés de façon récurrente au cours des deux derniers siècles. Un modèle largement promu par la violence, ce qui au demeurant n’exclut pas la conquête de nouveaux marchés, ni l’expansion constante d’une sphère d’influence déjà sans limites. Nous ne développerons pas davantage le lien existant entre l’agressivité commer-ciale et l’éthique protestante. Nous renvoyons le lecteur à l’œuvre de l’Allemand Max Weber5. De prime abord nous aurions-là l’illustration que ce qui pourrait paraître n’être qu’un épistémè (une constellation conceptuelle), en vérité l’expansion culturelle, politique juridique, ins-titutionnelle de l’Amérique-monde participe peu ou prou d’une conception eschatologique du monde. À ce propos Youssef Hindi a parfaitement perçu que l’histoire ne saurait s’écrire et se comprendre sans intégrer à sa lec-ture les lignes de force et la dynamique qu’engendrent les principes religieux sous-jacents à toute culture.

 

Pour ne pas conclure hâtivement sur cet aspect trop négli-gé de l’histoire du Nouveau Monde, nous suggérerons au lecteur d’aller chercher la source de la Destinée manifeste de l’Amérique dans l’idée schismatique de prédestination qu’introduira en 1536 le Français Jean Calvin (1509/1564). À la suite de la Réforme, le catholicisme connaîtra un choc de reconfiguration introduit par la diffusion générale, grâce notamment à l’imprimerie, de l’Ancien Testament en langue vernaculaire. Corpus dont la lecture n’était jusque là accessible qu’aux clercs. Des restrictions seront apportées à cet accès et formalisées en 1564 dans l’Index des livres interdits (Index librorum prohibitorum) 6. À partir de là l’inondation vétérotestamentaire de l’Europe catholique par la Réforme va mêler ses eaux glauques à celles de la cabale lourianique dont Youssef Hindi a décrit avec grande pertinence le cheminement au sein de l’aristocratie euro-péenne et des élites religieuses chrétiennes.

 

Cette confluence débouchera sur les Lumières et à l’heure de la Révolution, sur la théologie d’une Liberté et d’une Éga-lité s’incarnant dans la République une et indivisible. Deux abstractions actualisées et vulgarisées, entre autres, par leur grand prêtre M. Peillon, sous la forme d’une religion exclu-sive de toutes autres (et d’abord de la religion catholique) à savoir la Laïcité présentée comme fondement de l’ordre républicain. Un ordre démocratique dont nous avons souli-gné autant que possible le caractère absolutiste, c’est-à-dire sacré et inviolable sous peine du courroux vengeur de l’idole démocratique et de ses bras armés judiciaires. À telle en-seigne que ceux qui croiraient encore que seules des libertés concrètes, tangibles, fonderaient et légitimeraient notre sys-tème institutionnel, telles la liberté d’expression ou l’inalié-nabilité de la propriété, se trompent lourdement.

 

Pour s’en convaincre, il sufit de regarder d’un peu près les programmes de spoliation extensive, certes au nom de l’Égalité, qu’exposent en 2017 les candidats à la présidence, en vue de réaliser la Jérusalem terrestre à l’horizon du pro-chain quinquennat. Projets exposés noir sur blanc par les candidats de la Gauche sociale, libérale et sourdement messianique… peut-être sans même s’en rendre compte. À titre d’exemple citons, au nom d’une justice prétendument redistributive, la spoliation sérieusement envisagée des hé-ritages, mesure qui associée à divers dispositifs de taxation à outrance de la propriété immobilière, conduit peu à peu, mais inéluctablement, à la mise en servage des actifs pro-ducteurs, au désamorçage de la pompe économique… le tout aboutissant effectivement à l’Égalité, mais dans la mi-sère collective.

 

Maintenant si nous admettons que l’Histoire trouve son achè-vement terminal dans la démocratie universelle, stade indé-passable de l’évolution politique, cette thèse ne pouvant plus être remise en question parce que scientifiquement établie, on comprend mieux l’intolérance radicale que nous vivons tous les jours à l’égard des États et des hommes politiques accusés, ou simplement soupçonnés, de ne pas souscrire aveuglément à ce catéchisme. Idéologie mystique d’une Gauche dégagée de tout complexe et désormais ouvertement convertie aux inexorables duretés du libéralisme économique. Le modèle so-cial-démocrate (le Parti de Lénine) est au bout du compte sorti de l’ambiguïté en rejoignant son bailleur de fonds originel, cet autre Moloch, le monothéisme du marché. Une convergence logique, inéluctable, parce que génétiquement programmée : admettons que l’hypercapitalisme ne poursuit pas d’autre but (par le biais de la concentration oligopolistique) que celui du communisme régnant sur des peuples prolétaires, autrement dit des masses d’esclaves laborieux. Revoyons à ce sujet le film «Metropolis» de Fritz Lang tourné en 1927. Fukuyama ne dit pas autre chose, certes sous une forme plus édulcorée, dans «La fin de l’Histoire ou le dernier des hommes», en rappelant que ce qui caractérise notre époque, est une «homogénéisation montante de toutes les sociétés humaines» assortie d’un consen-sus croissant (une tyrannie consensuelle?) autour des droits de l’homme, de la démocratie et de l’économie libérale, le tout constituant dans cette perspective le «point final de l’évolution idéologique de l’humanité».

 

À partir de là, si la Démocratie est à ce point irrécusable et indiscutable, qu’elle est en un mot divinisée telle que la concevait Hegel, le propre de toute religion étant de détenir la vérité vraie, l’intolérance lui est de facto consubs-tantielle et devient une vertu cardinale pour en assurer la pérennité. La Démocratie libérale, système irréfutable, ne s’appuie-t-il pas d’ailleurs sur un présupposé implicite, un non-dit : l’infaillibilité des masses? Loi sacrée et par consé-quent inviolable… Nous savons vous et moi, cher lecteur, que cette idée magnifique est aujourd’hui vilainement re-mise en cause, par ceux-là mêmes qui ont assis leur pouvoir sur ce socle. Au reste, le propre des principes n’est-il pas que, lorsqu’ils ont atteint leur point d’épuisement logique et aboutissent à se trouver en contradiction avec le but réel visé (l’accession au pouvoir, son monopole et à sa conser-vation), il devient loisible de les remettre en cause ? En tout cas de les mettre entre parenthèses en tant que de besoin.

 

La politique étant un art du sophisme, du mensonge cy-nique et de la mauvaise foi ou déshonnêteté intellectuelle, nous voyons à l’heure actuelle les élites dirigeantes euro-péennes (à l’exception notable de la République helvé-tique) manifester leur rejet des consultations au suffrage universel, la voie référendaire étant devenue un épou-vantail pour tous les gouvernements démocratiques. Une impressionnante plasticité dans l’usage des sacro saintes valeurs qu’il conviendrait certainement de méditer. Sachant que la vox populi (vox dei) est le seul souverain légitimant postes et prébendes, nous en voyons les récipiendaires re-jeter avec colère le peuple souverain qui les a inconsidéré-ment élevés au-dessus du lot.

 

Derrière ce faux paradoxe et parce que les vrais objectifs se cachent derrière le brouillard des mots, se découvre la vérité crue : celle de la confiscation du pouvoir et de l’in-version des principes par un bas clergé prosterné devant l’idole démocratique. En guise d’illustration, pensons aux sordides tentatives de délégitimation du président américain élu, manœuvres qui se sont multipliées quelques jours avant sa prestation de serment. Il est intéressant de noter que la cabale médiatique montée contre le président Trump n’a été rendue possible qu’en raison d’un véritable «conditionnement» des opinions publiques des deux côtés de l’Atlantique. Le cosmopolitisme humaniste transfron-tière s’est imposé aux États-Unis. En Hexagonie, pays de communautarisme récent, cela se double du culte de la laï-cité, celle-ci venant en opposition déclarée au désir d’une identité nationale clairement définie. Le volontarisme laï-ciste serait-il de ce point de vue, sous couvert de neutra-lité égalitaire, la négation des réalités antérieures? Certai-nement. Ce couple idéoviral (laïcité érigée en idole versus héritage ethnoculturel) fonctionne si bien que fort peu, politiques ou journalistes, trouvent le courage de ne pas se soumettre à sa logique d’exclusion. Le piège est parfait car il suppose un soubassement moral si prescriptif que chacun se soucie des lignes jaunes à ne pas franchir inconsidéré-ment sous peine des sanctions professionnelles et civiles les plus graves!

 

Les idéocrates de la République universelle, ces antipopu-listes, ont révélé à cette occasion leur profonde hostilité et leur mépris de la démocratie réelle, pratique, non idéolo-gique et contre sectaire. Système qui, pour eux, n’est au fond qu’un instrument, une voie, un moyen d’accès au pouvoir total. Et comme ces gens prétendent posséder la vé-rité, toute opinion contraire leur est insupportable jusqu’à regarder une défaite électorale (nos regards se portent sur les rivages d’outre-Atlantique) comme une anomalie, voire un crime à expier.

 

Une déification de l’État procédant de facto du principe implicite (sous-jacent) de l’infaillibilité des masses. La ma-jorité, le peuple lui-même déifié comme source de toute légitimité juridique, ne saurait se tromper et encore moins avoir tort. Le plus cocasse de l’affaire est que ce principe sacro-saint est, nous venons de le voir, remis en cause par les dérapages incontrôlés auxquels les référendums donnent lieu régulièrement. Si le peuple est souverain, il doit néanmoins rester à sa place et voter là où il lui est dit de faire. Qui encore peut ignorer qu’en sus, les majorités naturelles ne parviennent jamais réellement aux Affaires? Que ceux qui tiennent les mannettes sont une minorité issue d’autres minorités coalisées? Et qu’au sein de celles-ci, seuls quelques individus donnent le ton. Le pouvoir (dé-mocratique) s’exerçant toujours selon Georges Clémen-ceau (1821/1929) «en chiffre impair inférieur à trois». Ce ne sont pas mânes de M. Lénine qui le démentiront.

En résumé et afin de ne pas prolonger indûment ce pro-logue, insistons sur le fait que la fin de l’Histoire ne s’at-teint pour Marx et Lénine qu’au-delà de l’État par le truchement de la dictature prolétarienne. Préalable obli-gé à l’hypothétique effacement des pouvoirs temporels à l’arrivée des temps messianiques. La Révolution étant l’an-nonce apocalyptique — rappel qui prend un relief tout particulier avec le centième anniversaire de la chute des Romanov — du retour aux jardins Eden où des loups pai-sibles cohabiteront avec des brebis sereines. Nous savons ce qu’il en est et ce qu’il en fut. En lieu et place des portes du paradis, ce furent celles de l’enfer qui s’ouvrirent sous les pas de ceux, paysans, prolétaires et bourgeois, qui ne surent pas suivre assez fidèlement «la Ligne» du Parti. De nos jours la mode n’est plus à l’élimination physique de ceux qui ne souscrivent pas intégralement à la vulgate laï-ciste (le culte de la République), ils se voient cependant condamnés à demeurer socialement proscrits, exclus des chaires d’enseignement, des médias, bannis des éditeurs et des cénacles.

 

Cette mort sociale ne fait au fond que proroger la mort civile et l’indignité nationale qui frappèrent nos élites in-tellectuelles et administratives au lendemain du second conflit mondial alors que le Parti communiste régentait le pays tandis qu’un million et demi de nos concitoyens étaient internés ou juridiquement exclus de la vie publique. Si nous évoquons ces faits, c’est bien entendu pour éviter que certains bien-pensants n’aient la tentation de les réi-térer s’ils jugeaient la République menacée par la montée du populisme voire de supposés radicalismes identitaristes. Parler, désigner, c’est agir pour conjurer le mauvais sort.

 

Naguère l’usage voulait que «hors de l’Église point de sa-lut»! Cela n’a jamais été aussi vérifié qu’à présent où l’Église républicaine règne sans partage. Il est assurément peu re-commandé de sortir du droit chemin (ou des ornières) de la pensée unique et du volapük politiquement correct. Rap-pelons pour mémoire vive, le mot sentencieux de Maxi-milien Robespierre en vertu duquel «le gouvernement de la République est le despotisme de la liberté contre la tyrannie». Saint-Just quant à lui, ami de cœur de «l’Incorruptible» 7, l’un des plus forcenés Procuste de la Convention, s’écriait à la tribune le 26 février 1794 : «Ce qui constitue une Ré-publique, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé». Ajoutant, ce qui ne peut ressortir d’un élan lyrique vu les circonstances : «Le sang est le lait de la liberté naissante» car «la liberté n’a pour lit que des matelas de cadavres». De son côté Lénine posait en 1918 que «l’État est l’expression de la dictature d’une classe. Tout État, quelle que soit sa forme, est dictature car tout État est appareil militaire, policier et bureaucratique destiné à mettre en œuvre la domination de la classe dominante» 8. Nous voilà prévenus.

 

Est-il finalement nécessaire d’insister sur le caractère sinistre de la divinité molochienne qui s’incarne dans la mystique républicaine et son avatar laïciste? Nos actuels démiurges, au rang desquels M. Vincent Peillon, théoricien avisé du grand chambardement sociétal en cours et très présent dans l’ouvrage de Youssef Hindi, veulent transformer le monde en créant un Homme nouveau. Déconstruire l’enfant par l’École et fabriquer un transhumain au genre versatile, changeant de sexe comme les mérous (sympathique repré-sentant des Serranidés dont la particularité est de changer de genre en cours de vie), un néo-nomade urbain débarrassé de tous les stéréotypes archaïques et grand consommateur de psychotropes autorisés. L’époque n’étant plus aux vio-lences outrancières (d’ailleurs le prolétariat qui a rejoint les classes moyennes est en voie de disparition, il est remplacé par ces nouveaux acteurs économiques que sont, ou plutôt seraient les migrants), cette grande transformation aurait ainsi tendance à emprunter les voies du réformisme et d’un pédagogisme de choc et de reconstruction. Dans cette pers-pective M. Peillon joue un rôle magistral, étant l’un des rares à maîtriser le sens des événements et à l’orienter vers les fins eschatologiques qui lui sont chères9…

 

L’utopie (partout et toujours meurtrière), s’invite donc dans nos vies par les chemins de l’École qui devient pro-gressivement le lieu de toutes les déconstructions (quant à la reconstruction, nous attendons de voir). Dans ce temple de la démocratie de combat, les enseignements de base ne sont plus la lecture, le calcul et l’écriture (oubliée définitivement l’histoire puisque le monde naît en 1789), mais le vivre-ensemble, la société plurielle, le culte de la personne et du jouir (sans jamais faire mention de de-voirs), l’individualisme à tout crin avec l’enseignement de la sexualité précoce (mais laïque) amalgamé avec le droit à la «santé». Soit la mixité et un brassage total sous couvert d’égalité des sexes, des races, des croyances et des supersti-tions… ce qui revient à domestiquer les générations mon-tantes dès leur plus jeune âge pour leur faire accepter l’auto génocide de leur communauté ethnoculturelle d’origine… Et son remplacement par l’hybride universel prototype de l’homme Nouveau rêvé par le père de la Paneurope, Cou-denhove Kalergi10.

 

Nul évidemment n’a demandé l’avis de ces foules arriérées, sédentaires, rurales le plus souvent, cultivant l’entre-soi et qui auraient tendance à vouloir encore que leurs enfants et petits-enfants leur ressemblassent, au propre comme au figuré. En 1933, Jules Romain (1885/1972) s’inquiétait des ferments de guerre civile et de haine que le marxisme avait semé en prêchant l’évangile de la lutte des classes. Ce profond travail de sape que l’on avait oublié, resurgit aujourd’hui comme «La Vielle Taupe» de Friedrich He-gel11, dont les galeries souterraines cheminent sous le sol de l’Histoire pour réapparaître là où on les attend le moins. Force est de constater que s’est installé dans l’esprit des po-pulations un a priori instinctivement défavorable a l’en-contre de tout ce qui n’est pas teinté d’une farouche laïci-té, tolérance masquant en fait une intraitable intolérance. Non, la Laïcité n’est pas neutre, elle est une religion, celle d’un État pernicieusement et potentiellement totalitaire, déjà au moins idéologiquement parlant. Une forme d’État que n’ont jamais cessé d’exalter ses grands promoteurs, de Robespierre à Peillon via Lénine et la foule des artisans bien intentionnés de la Séparation des Églises et de l’État. Car tout libre choix nous est dénié. Nous n’avons plus maintenant le droit de ne pas croire ou de ne pas adhérer à l’Église de la République et à sa théologie illuministe de la laïcité, alors qu’a contrario le Christianisme qu’il s’agit de bannir à jamais, aura été une religion de la liberté et du consentement.

 

Jean-Michel Vernochet 18 janvier 2017

 

  1. Romain Motier «Traité de l’Intolérance» Paris 1947 p. 120.

2.Georg Friedrich Hegel (1770/1831). «Les principes de la philosophie du droit» 1820 – § 272. Voir aussi «Hegel et la divinisation de l’État» 26 mars 2012 Damien Theillier. Accessible sur le site 24hgold.com

  1. «Le Choc des civilisations» est le développement d’une thèse exposée dans l’article The Clash of Civilizations publié en 1993 par la revue Foreign Affairs. Thèse inspirée de la «Grammaire des civilisations» (1987) de l’historien marxiste Fernand Braudel, tout en reprenant une idée lancée en 1957 par l’islamologue Bernard Lewis.
  2. Héraclite d’Éphèse (544/541-480) «Le conflit est père de toute chose, et de toute chose il est le roi»… Πόλεμος πάντων μὲν πατήρ ἐστι πάντων δὲ βασιλεύς fragment 53.
  3. «L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme» 1904 et 1905.
  4. La Règle IV de l’Index du concile de Trente (1564) restreignait assez fortement l’accès à l’AT pour les laïcs, sa lecture étant jusqu’alors réservée aux clercs. Il faut attendre 1757 pour que Benoît XIV accorde une permission générale relative à l’AT traduit en langue vulgaire à la condition que des commentaires en guident la lecture conformément à la Tradition catholique.
  5. «Son Ganymède»! Charles Dauban «Les prisons de Paris sous la Révolution» 1870 p. 381.
  6. Lénine «La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky» octobre/novembre 1918.
  7. «Les dieux des autres peuples sont des fantômes, des idoles et des démons… Aux serviteurs des idoles, il faut livrer une guerre d’extermination» Deutéronome, 32/17 et 13/16-18.
  8. Richard Nicolaus Coudenhove Kalergi (1894/1972) « Idéalisme Pratique » Praktischer Idealismus. Vienne 1925.
  9. Image popularisée par Karl Marx à propos de la Révolution et reprise d’une formule de Friedrich Hegel se référant à l’Hamlet de Shakespeare… «Souvent, il semble que l’esprit s’oublie, se perde, mais à l’intérieur, il est toujours en opposition avec lui-même. Il est progrès intérieur comme Hamlet dit de l’esprit de son père : “Bien travaillé, vieille taupe!”». Rosa Luxemburg avait intitulé ainsi l’un de ses textes de 1917.
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