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Raisons philosophiques du soutien à Iurie Roșca

12:22, 18 iulie 2018 | Actual | 789 vizualizări | Nu există niciun comentariu | Autor:

À son excellence Igor Dodon, Président de la République de Moldavie,

Au Procureur Général de Moldavie,

Je souhaite par cette lettre ouverte apporter mon soutien à Monsieur Iurie Roșca, intellectuel et politicien moldave, principal organisateur du forum de Chișinău en 2017, et qui subit aujourd’hui des persécutions judiciaires dans votre pays.

À l’occasion de la journée internationale de soutien à Iurie Roșca organisée par le Comité Jean Parvulesco à Venise et Chișinău le 5 juillet 2018, Laurent James nous rappelait cette citation de G.K. Chesterton : « Les épées seront dégainées pour démontrer que les feuilles sont vertes en été. » Nous en sommes là aujourd’hui, ce que traduisent les expressions en usage depuis quelques années de « monde post-vérité » et de « vérité post-factuelle ». De nos jours, en politique, le débat ne concerne plus des idées mais le rétablissement de la matérialité des faits, et le combat ne consiste plus à défendre un projet mais simplement le droit de parler du monde réel. Dans les années 70, le sociologue Jean Baudrillard annonçait la fin de la réalité. Il ne voulait pas dire la fin du monde physique mais la fin de la pensée indexée sur un monde objectif, et le remplacement de la pensée logique par une fiction élaborée dans les médias, et pas forcément cohérente. Comment cela se traduit-il en 2018 ?

Récemment, en France, dans une émission de télévision consacrée aux minorités sexuelles, un homme de race blanche affirmait très sérieusement qu’il n’était ni homme, ni blanc. Cet homme blanc est responsable d’une organisation LGBT, mouvement qui soutient la théorie libérale selon laquelle l’individu est au fondement de la société et peut donc choisir librement ce qu’il est dans tous les domaines, y compris de genre sexué ou d’appartenance ethnique. Que nous dit en substance cet ultra-libéralisme de la société liquide et de la fluidité identitaire ?

  • La subjectivité, le caprice individuel, le principe de plaisir doivent l’emporter sur le principe de réalité et ses limites objectives et rigides ;

 

  • Il est interdit de contester ce droit de raconter n’importe quoi, de nier l’évidence et de réécrire la réalité comme on veut.

Il faut pouvoir « jouir sans entraves », y compris celles du monde réel. Nous en sommes donc à l’institutionnalisation de l’arbitraire subjectif, cet autre nom de la barbarie, autrement dit la folie au pouvoir. En effet, le retour à la Raison et aux faits empiriques – dire à un homme blanc qu’il est un homme blanc – peut désormais être qualifié d’homophobie et de  « discours de haine » (Hate Speech) et s’exposer à des sanctions juridiques. Les globalistes libéraux, LGBT et autres minorités actives, veulent donc la liberté de pouvoir dire et faire n’importe quoi, et surtout la possibilité de criminaliser quiconque leur signale qu’ils disent ou font n’importe quoi. Leur fantaisie personnelle doit devenir la loi, leur réalité doit devenir la réalité, le reste est « Fake News ». Nous voyons ainsi se lever le despotisme le plus violent de toute l’histoire de l’humanité, au nom de l’idéologie compassionnelle des droits de l’homme et de la réparation des torts faits aux minorités en souffrance.

Face à ce « droit au délire » totalitaire qui attaque par son hybris les fondements de la santé mentale et de la civilisation – car il attaque le principe même de la limite – des dissidents et opposants politiques se reconnaissent et convergent dans le conservatisme et le populisme, deux variantes de l’idée de mesure et de modération en politique, à la base de toute vie en société. Comme le disait aussi George Orwell, la vraie liberté, c’est le droit de dire que deux et deux font quatre – et non pas cinq – car c’est bien ça qui est attaqué aujourd’hui. Le travail de Monsieur Iurie Roșca s’inscrit dans cette alliance internationale des réalistes qui cherchent à empêcher la disparition du monde et de la logique dans un hôpital psychiatrique universel dirigé par des fous.

Veuillez agréer, Monsieur le Président et Monsieur le Procureur Général de Moldavie, l’expression de mes sentiments distingués.

Lucien Cerise,

Chercheur en sciences humaines et sociales,

Paris