Extrême-droite : comment l’AfD a d’ores et déjà changé la vie politique allemande

15:11, 19 februarie 2018 | Actual | 395 vizualizări | Nu există niciun comentariu | Autor:

Selon les derniers sondages d’Infratest Dimap, l’AFD serait à 15% d’intentions de vote et le SPD à 16% si des élections devaient se tenir ce dimanche. Le jeune parti a déjà profondément modifié l’échiquier politique en Allemagne.

Atlantico : Comment l’AFD transforme-t-elle la vie politique au Bundestag ? Quels changements observe-t-on par rapport au passé ? Selon les derniers sondages d’Infratest Dimap, l’AFD serait à 15% d’intentions de vote et le SPD à 16% si des élections devaient se tenir ce dimanche. En quoi l’AFD peut-il réveiller un clivage politique qui a pu paraître inexistant au cours de ces dernières années ?
Jérôme Vaillant : L’entrée de l’AfD au Bundestag avec 94 sièges sur les 709 que compte le parlement fédéral élu le 24 septembre 2017, a moins bouleversé dans l’immédiat le fonctionnement interne du Bundestag qu’elle n’a profondément modifié l’échiquier politique en Allemagne. Avec 12,6 % des voix, l’AfD est aujourd’hui la troisième force politique en Allemagne, son succès est dû à d’importants transferts de voix en sa faveur, près d’un million en provenance des chrétiens-démocrates, près d’un demi-million en provenance des sociaux-démocrates, environ 400.000 en provenance du parti La Gauche et surtout l’AfD a mobilisé 1,2 million d’abstentionnistes et près de 700.000 nouveaux électeurs.


Ces chiffres font apparaître l’AfD comme un mouvement dynamique capable de mobiliser tous azimuts. En même temps son électorat ne lui est que partiellement acquis puisque 61% de ses électeurs disaient avoir voté pour lui en raison de la déception que leur causaient les autres partis et seulement 31% parce que son programme les convainquaient. Dans un cas comme dans l’autre, leurs principales motivations ont été portées par la crainte du terrorisme et de la criminalité que l’Etat ne combattraient pas suffisamment et par la crainte que les flux migratoires et ce faisant l’islam ne transforment l’Allemagne en profondeur.

C’est bien le succès de l’AfD et le rejet par ses électeurs de la politique migratoire d’A. Merkel qui explique le fort recul des chrétiens-démocrates (-8,6%) et des sociaux-démocrates (-5,2%) le 24.9.2017 et qui conditionne en même temps les difficultés de la chancelière de constituer un nouveau gouvernement.Ces difficultés ont permis à l’AfD de voir croitre sans effort particulier les intentions de vote en sa faveur et ce malgré les attaques dont certains de ses membres ont été l’objet dans la presse pour des déclarations intempestives ou franchement d’extrême-droite voire néo-nazies. La chute vertigineuse du SPD en l’espace de moins d’un an a également contribué à son succès dans les sondages. Martin Schulz a accumulé les erreurs de jugement et les maladresses tactiques quand il a ambitionné d’entrer dans le futur gouvernement de Grande coalition dirigé par A. Merkel malgré l’annonce inverse faite le soir des élections ou quand il a abandonné la présidence du parti pour la remettre à A. Nahles, l’actuelle présidente du groupe parlementaire SPD au Bundestag, sans tenir compte des statuts du parti. Et tout cela alors qu’il avait négocié un contrat de coalition qui porte indubitablement la marque du SPD. Le rejet par l’opinion d’un SPDvolatile et volage explique largement l’accroissement de popularité que connaît actuellement l’AfD : celle-ci est aujourd’hui créditée de 15% des intentions de vote (soit une progression de plus de deux points depuis les élections) contre seulement 16% au SPD (qui perd plus de 4 points) tandis que la CDU/CSU, avec 33%, reste stable. Ce n’est certes qu’un instantané en pleine crise du SPD, mais ces évolutions montrent les ressorts qui font aujourd’hui évoluer l’électorat en Allemagne, un pays où l’on attend avec de plus en plus d’impatience que soit enfin constitué un gouvernement qui exprime la volonté du pays.

Source: http://www.atlantico.fr