CENTRALITÉ DE L’ETAT-NATION DANS LE SYSTÈME DES RELATIONS INTERNATIONALES

09:45, 11 iulie 2018 | Actual | 634 vizualizări | Nu există niciun comentariu | Autor:

Entretien Gianluca Savoini / Pierre-Antoine Plaquevent 

Plaquevent : Cher Gianluca Savoini, vous venez de rencontrer Steve Bannon qui a vous a accordé une interview qui soulève des perspectives politiques importantes. J’aimerais vous poser quelques questions en complément de cet entretien. 

Voici ma première question : Pourquoi le gouvernement italien ne s’est-il pas opposé à la reconduction des sanctions économiques contre la Russie alors que Matteo Salvini et la Ligue du Nord militent depuis des années pour la fin des sanctions ? L’association Lombardie-Russie que vous dirigez effectue par ailleurs un important travail en ce sens. 

Savoini : La priorité numéro 1 du nouveau gouvernement était de freiner l’immigration, promesse pour laquelle il a été élu par le peuple italien. A seulement un mois de sa prise de fonction et après une crise institutionnelle grave, il était très difficile, voire impossible, pour le gouvernement de mener une nouvelle confrontation avec l’Union Européenne conjointement avec le bras de fer sur la question migratoire. La priorité absolue de ce gouvernement et de Matteo Salvini sont la fermeture des ports italiens aux ONG immigrationnistes et le gel de nouvelles arrivées massives de clandestins. Deux objectifs du programme de la Lega que le nouveau gouvernement est en train de valider. En ce qui concerne la question du rapport avec la Russie, tant Matteo Salvini que l’ensemble de la Lega continuent de militer en faveur de la fin des sanctions et plus largement d’un rapprochement Italie-Russie comme nous l’avons toujours fait. Il faut voir maintenant ce qui ressortira de la rencontre entre Poutine et Trump, cela peut débloquer beaucoup de choses.

Depuis des années, les USA utilisent tous les moyens directs et indirects afin d’empêcher une coopération rapprochée entre Europe et Russie et plus largement entre Europe et Eurasie; ceci sur tous les fronts possibles : Ukraine, Irak, Syrie etc. Comme on le sait, la crainte fondamentale des géostratèges anglo-américains réside depuis toujours dans la possibilité d’une entente continentale eurasiatique qui permettrait à l’Europe de bénéficier des ressources quasi infinies de pays comme la Chine ou l’Iran. Coopération qui rendrait périphérique l’Amérique et acterait la fin de l’ »Amérique-monde » pour longtemps. Lors de sa tournée européenne, Steve Bannon aurait exposé à des officiels Hongrois la possibilité prochaine d’une guerre contre la Chine et l’Iran. L’idée d’une guerre contre la Chine est par ailleurs une thématique récurrente dans son discours. Dans cette perspective, les populistes européens peuvent-ils avoir confiance dans les discours souverainistes de l’administration Trump ou même dans ceux de Bannon ?

C’est une question épineuse. Ce qui est clair c’est que, comme l’explique bien Bannon, Trump défend en premier lieu les intérêts de son pays et qu’il a été élu pour cela. C’est ce que doivent faire les hommes politiques responsables. C’est ce que font Poutine en Russie, Orban en Hongrie ou encore Salvini à son poste dans le nouveau gouvernement italien. Pour les américains, la Chine est bien l’ennemi numéro 1 des Etats-Unis dans la guerre économique mondiale actuelle. La Chine qui tient les Etats-Unis par les obligations du Trésor américain qu’elle possède en masse. Ce qui rapproche Bannon des populistes européens c’est son rejet viscéral des élites de la finance mondialiste malgré (ou grâce à) sa carrière dans la banque. Un monde qu’il connait bien et qu’il méprise. Bannon a clairement identifié les dangers qui guettent le monde occidental : la finance sans contrôle et le chaos migratoire. Ce qui le rapproche de nous c’est cette volonté de vouloir maîtriser les flux migratoires et de vouloir rétablir la centralité de l’Etat-nation dans le système des relations internationales.

Avec plus de soixante bases américaines en Italie, est-il possible pour l’Etat italien d’être réellement souverain ?  

On peut réellement se questionner sur la pertinence du maintien de ces infrastructures étrangères sur notre sol dans l’après guerre froide. Maintenir un tel dispositif a-t-il encore un sens même pour les américains ? Là encore certaines déclarations de Trump laissent penser qu’il ne serait pas contre un certain replis de l’implication américaine au sein de l’Otan. Par ailleurs Matteo Salvini rappelait récemment que l’Otan aurait un meilleur rôle à jouer dans la protection des frontières du sud de l’Europe face à l’immigration de masse que face à un hypothétique danger russe.

Les américains n’ont-ils pas intérêt à favoriser l’euro-scepticisme et les populismes intra-UE dans la guerre qu’ils mènent contre le rival économique allemand, leur principal adversaire économique continental ?

Le vrai problème de l’Europe actuelle ce sont les orientations que lui donne le couple franco-allemand et malheureusement pour l’Italie, la France de Macron est un adversaire politique et économique encore plus immédiat que l’Allemagne. L’Italie, plus encore que la Hongrie et que l’Autriche de par sa taille et sa puissance économique, peut devenir le centre de gravité d’une orientation nouvelle de la politique européenne. Une politique qui serait enfin celles des Européens pour les Européens. Cela Bannon l’a bien compris, il partage avec les Européens le souci de la préservation de notre continuité historique et civilisationnel. Il est représentatif d’un courant qui existe dans toutes les nations du monde : le populisme conservateur qui veut stopper l’utopie mortifère du globalisme sans frontières.

Merci M.Savoini et à bientôt. 

Source: www.geopolitica.ru

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