Swing moldave : un pas à l’Ouest

18:18, 16 aprilie 2018 | Opinii | 604 vizualizări | Nu există niciun comentariu | Autor:

par Bruno Husquinet

Les scandales financiers et l’amertume populaire envers l’Europe ont contribué à l’ascension au pouvoir en novembre 2016 de Igor Dodon, le nouveau président moldave résolument tourné vers Moscou. Ce pas vers l’Est a suscité beaucoup d’inquiétudes en Occident et en Moldavie. Depuis lors, le balancier moldave est reparti vers l’ouest.

Igor Dodon, un président isolé

Les tensions entre le président Dodon et le Parlement se sont cristallisées autour de la nomination d’un gouvernement. La crise s’est accéléré au mois d’octobre 2017, lorsque la cour constitutionnelle a suspendu le Président pour manquement à ses devoirs constitutionnels et a autorisé le chef du parlement Andrian Candu à le remplacer temporairement afin de nommer Eugène Sturza au poste de ministre de la défense. Le président Dodon ne partage pas du tout la politique de défense du nouveau ministre, un économiste pro-européen, âgé de trente-deux ans, ni celle du Premier Ministre, Pavel Filip. Ce dernier avait demandé au sous-secrétaire d’Etat américain Shannon de soutenir le retrait des troupes étrangères de Moldavie lors de leur rencontre en septembre 2017 à New York. Cette demande visait directement les troupes russes stationnées en Transnistrie suite à la dissolution de l’Union Soviétique et du bref conflit, gelé depuis vingt-cinq ans. Les dissensions entre, d’une part le Président et d’autre part le Parlement et le gouvernement ont culminé au début de l’année lorsqu’à nouveau, la cour constitutionnelle a octroyé les droits présidentiels au chef du parlement, Andrian Candu. Cette fois, il s’agissait de nommer cinq ministres et deux vice-ministres, afin de surmonter le refus d’Igor Dodon d’investir les candidats proposés. Par conséquent, le Président s’est retrouvé isolé du gouvernement et du Parlement tournés vers l’Ouest. Parmi les ministres fraîchement nommés, Tudor Ulianovschi a pris les commandes du ministère des Affaires étrangères également en charge de l’intégration européenne. En poste depuis un mois à peine, il s’est rendu à Bruxelles en février 2018, afin de s’entretenir avec ses confrères européens. A l’issue de ces débats, le Conseil européen a adopté ses nouvelles conclusions, c’est-à-dire sa nouvelle position envers la Moldavie. Sans surprise, il s’agit de continuer la marche des réformes et le rapprochement au niveau économique, politique et sécuritaire.

Roumanie et Moldavie : un pas vers l’union ?

Lors des récentes manifestations à Chisinau, des milliers de personnes ont exprimé leur désir d’union avec la Roumanie. L’heure symbolique se prête à cette démonstration rattachiste célébrant le centenaire de la réunification de la Roumanie avec la Bessarabie. En effet, en mars 1918, l’union des deux entités était entérinée et sera reconnue dans la déclaration de Paris de 1920 qui enfonçait, par làmême, un clou de plus dans le démantèlement de l’empire ottoman.

Les afficionados des nouvelles discrètes n’ont pas manqué la déclaration du Parlement roumain de ce 27 mars. A l’occasion du centenaire de l’union de la Roumanie avec la Bessarabie (Moldavie actuelle), les deux chambres du Parlement roumain ont déclaré à l’unisson qu’elles accepteraient avec plaisir de renouer l’hymen avec leurs voisins que les vicissitudes du vingtième siècle avaient éloigné. Après les rappels historiques de rigueur, le Parlement a annoncé solennellement que la Roumanie était prête et sera toujours prête à se réunir avec les citoyens de la République moldave si telle est la volonté du peuple. De son côté, le président Dodon a fait appel au peuple moldave pour refuser toute tentative de réunification.

La route vers l’unification, comme moyen d’attirer la Moldavie dans le giron occidental, est juchée d’embûches. Sur le front Est, la Moldavie a des accords particuliers avec l’Union Economique Eurasienne et n’a pas imposé de sanctions contre Moscou dont elle dépend sur le plan économique comme énergétique. La réunification avec la Roumanie, pays européen, nécessiterait la fin des accords particuliers entre Chisinau et Moscou. Sur le front Ouest, la Moldavie a un accord d’association avec l’UE. Signé en 2014 et entré en vigueur en 2016, le président Dodon a tenté de le remettre en question, en vain. En Ukraine, une situation similaire avait déclenché des manifestations qui ont entraîné la série d’événements tragiques depuis 2014.

En outre, la situation en Transnistrie n’est pas résolue et ne le sera pas sans accord entre les pays parties aux négociations, à savoir la Moldavie, la Transnistrie, l’OSCE, l’Ukraine, la Russie, l’Union Européenne et les Etats-Unis. Le leader de la région de Transnistrie Vadim Krasnoselsky entretient des liens étroits avec Moscou et entend bien préserver un rôle clé à la Russie dans la résolution du conflit entre Chisinau et Tiraspol. Les pressions venant d’Ukraine ou d’Europe n’altèrent en rien sa position, d’autant plus que 96,4% des Russes vivant en Transnistrie ont voté en faveur de Vladimir Poutine lors des récentes élections présidentielles russes. La grande majorité des pensionnés russes vivant en Transnistrie reçoivent leur pension de Russie (et souvent une deuxième de Moldavie). Quant à la population active, elle travaille souvent en Russie. Outre ces considérations économiques, les habitants de Transnistrie se sentent proches de la Russie et s’identifient plus à son pôle culturel qu’à celui de l’Europe occidentale.

 Les élections de novembre 2018 : le prochain pas du swing moldave

A en croire les prédictions du politologue Dionis Cenusa, le balancier moldave se stabilisera entre les deux forces polarisantes à l’Est et à l’Ouest, au cours de l’année 2018. Les élections parlementaires de novembre 2018 ainsi que les développements y conduisant, vont forger les coalitions à l’interne mais tout porte à croire que le parlement reflètera la diversité politique.

Au vu des ajustements dans la relation transatlantique, il est à espérer que Bruxelles prendra ses intérêts en considération tout en regardant d’un œil sceptique les avancées américaines dans cette région en proie aux tempêtes géopolitiques. La dernière chose dont le continent a besoin, c’est d’une escalade de tensions sur son flanc sud-est dans un pays appauvri. La situation actuelle en Moldavie offre une occasion discrète à l’Union Européenne de démontrer sa capacité à gérer la complexité de la région et promouvoir la paix en respectant les aspirations de tous.

Bruno Husquinet 

source:https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/328-swing_moldave__un_pas_a_louest

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